Le Circuit de Gueux, autrement

2012FevJ’aime le Circuit de Gueux, probablement avec un regard  autre que celui de ses amis passionnés d’automobile.

Chaque fois que je m’y rends, seul ou pour lever le voile sur quelques incertitudes d’un visiteur attentif, c’est une multitude de souvenirs qui m’envahissent : des odeurs, des clameurs, des bruits de moteurs, l’agitation des mécanos dans les stands … J’y revois aussi mes proches, les amis du village et des gens, partout ces gens, acteurs souriants d’une belle Légende ; la vie d’Hier, en quelque sorte !

C’est un bonheur facilement accessible, j’habite tout à côté.

Les Week-End de l’Excellence Automobile, de 2007 à 2010, m’ont fait revivre ces instants de forte émotion. Malheureusement le site est diabolisé depuis quelques années. Pas à pas les détracteurs avancent et les vestiges disparaissent à jamais. Chaque pierre qui finit à la décharge est un outrage, mais c’est ainsi ! L’histoire, notre Histoire succombe aux charmes de l’ambition, et tous les coups sont permis.

Je souhaite rendre un modeste hommage à ce bon vieux circuit, à ma façon, dans une série d’articles, dont voici le premier : #1 – A l’origine

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-Edité le 28 avril 2013

Le Circuit de Gueux, Autrement #12

#12 – Toujours y croire (Retrouvez les autres articles ici)

1939 DepartACFNous en étions restés en 1938, avec l’incontestable victoire des Mercedes ponctuée par le salut hitlérien du vainqueur Von Brauchitsch. Il restait à savoir si les ingénieurs français allaient laver l’affront et proposer, en 1939, des voitures capables de lutter avec les allemandes, comme s’était amusé à le souligner l’ingénieur en chef du trio gagnant, M. NeubauerLire la suite

Le Circuit de Gueux, autrement #11

# 11- La loi du plus fort (Retrouvez les autres articles ici )

La crise s’était installée dans notre 4ème république : la dette était évaluée à 110% du PIB, le chômage stagnait à 7,5%, l’inflation flirtait avec les 14%, le Président du Conseil (1) chutait deux fois en trois mois … vraiment il fallait trouver matière à mettre un peu de gaité et de dynamisme dans le coeur de nos compatriotes. Heureusement, l’année 1938 devait être aussi une année marquée en évènements plutôt encourageants, au moins pour la région :

Le 5 juin, le tout nouveau Stade Vélodrome Municipal (2) accueillait les équipes de Hongrie et des Indes Néerlandaises (score 6/0) pour le premier tour de la troisième Coupe du Monde qui se tenait en France du 4 au 19 juin 1938. Lire la suite

Le Circuit de Gueux, autrement #10

 #10 – Un saut dans le temps  (Retrouvez les autres articles ici )

1933DépartNous nous sommes quittés en 1932, année heureuse qui offrait à Gueux le prestigieux titre de Circuit du Grand Prix de France. Après Le Mans, pionnier en 1906, neuf circuits différents avaient été testés. Toto Roche et son équipe avaient vu juste. Le public avait besoin de spectacle et de vitesse, et Gueux, avec ses lignes droites et ses infrastructures modernes, donnait beaucoup de satisfactions à la fois aux spectateurs comme aux organisateurs.Ce laboratoire de la route convenait parfaitement aux pilotes et aux constructeurs. La distance parcourue entre chaque tour, à peine 8 km était un excellent compromis entre le trop petit circuit de Miramas (5 km), et le devenu incontournable circuit de Montlhéry (12 Km). Il était toutefois difficile de lutter contre ce géant aux spectaculaires virages relevés de son anneau de vitesse. Et puis les investissements de ces dernières années avaient été lourds, et il convenait aussi, aux yeux de tous, de faire une sage pause dans le temps.

Montlhéry s’offrit donc les GPF de 1933 à 1937. Et pendant ce temps, à Gueux, la toute jeune association de l’ACA, Automobile Club de Champagne en a profité pour se donner de l’expérience et démontrer qu’elle était à la hauteur de la réputation de son circuit automobile :

En juillet 1933, le 8ème GP de la Marne se dispute à Gueux devant une foule conquise (plus de 50 000 spectateurs). L’ouverture du circuit est réalisée par une voiture fabriquée à Reims, la 6CV Sans Choc de Germain Lambert (1).Logo LambertGL_Sans_Choc

Ce sont, à l’image des GP de France, les essais qui déterminent la grille de départ. Finalement Alfa Roméo et son armada (10 Alpha sur les 18 voitures engagées) prennent les 3 premières places du podium final. Phiphi Etancelin remporte la course, talonné par Jean-Pierre Wimille (2), tandis que le Sanglier des Ardennes, Raymond Sommer (2) prend une belle troisième place.

Les Français sont donc à l’honneur, et font un cocardier pied de nez à leur voisin allemand qui venait d’annoncer ne plus vouloir payer sa dette de Guerre (3).

1934_VarzyLe 9eme GP de la Marne s’est couru le 8 juillet 1934. Alpha Roméo monopolise encore le podium. Une seule Bugatti (4) est en lice. Howe réussira à la placer en 5ème position. Une seule Auto-Union (4) est venue prendre la température. Elle ne tiendra que les 3/4 de la course. Ses grandes soeurs et ses cousines Mercedes avaient préféré se mobiliser pour le GPF du dimanche précédent.

C’est le français Louis Chiron qui remporte l’épreuve devant 100 000 … ou 30 000 spectateurs, selon les sources !

1935_familistère_bugattiL’année 1935 propose deux courses le 7 juillet : le 10ème GP de la Marne, et une nouveauté, le 1er GP de la Marne de Tourisme.

Au GP de la Marne, Alpha Roméo remporte les éliminatoire et fait un nouveau trio en finale avec René Dreyfus, Chiron et Sommer. Les allemands n’ont pas couru, préférant encore s’investir dans le GP de France où ils placent 4 voitures dans les 5 premières. L’image de Gueux en prend un sérieux coup, même si le menu apporte de la variété avec le 1er GP de la Marne de Tourisme et le retour de pilotes féminines, Lucy Schell, Anne Cécile Rose-Itier, Pierrette Dax et Germaine Rouault.

L’ambiance n’y est plus, et pas seulement à Gueux. Une semaine après le GP, 500 000 personnes défilent de la Bastille à la Porte de Vincennes, pour assurer la Paix humaine. Un moment clé dans la constitution du Front Populaire.

1936_départEn 1936, c’est la crise. La France se cherche et ne se trouve pas. Les velléités des belliqueux gouvernements fascistes se font entendre. Pour redorer son image, l’Automobile Club de France arrange un GPF sans les bolides allemands et italiens. Les Delahaye, Bugatti, Talbot et Amilcar sont à la fête. Même chose à Gueux : les allemands qui avaient boudé le GP de la Marne précédent ne peuvent de toute façon pas participer en Juillet 1936, à cause d’un judicieux règlement qui écarte les meilleures voitures du moment. C’est cependant un immense succès. Il y a trop de concurrents engagés et une sélection doit se faire pour n’en conserver que 30. Lucy Schell (5) est sélectionnée, tout comme son mari Laury. Fernande Roux, future équipière de Germaine Rouault au 24 heures du Mans fera ses premiers tours de piste en Champagne.

Voilà enfin la victoire attendue d’une voiture française avec Jean Pierre Wimille sur une Bugatti 57G, suivi à 1 minute de Robert Benoist, sur Bugatti 57 G, à la moyenne de 140 Km/h, soit 20km/h moins vite que l’an passé … Mais on se serait cru comme avant !

Et pendant ce temps-là, Violette Moriss (vous vous souvenez, la fille-garçon-manqué jetée par les instances sportives françaises), faisait ses bagages pour répondre à une invitation personnelle aux JO de Berlin. Tonton Adolf allait être très gentil avec elle, attiser ses rancoeurs et en faire une espionne de premier ordre qu’il placera au chaud pour son futur comité d’accueil en France …

1937_Bénédiction FermePDeux mots sur 1937 pour en terminer avec ce saut rapide dans le temps, et sans trop d’intérêt, je pense, pour le Circuit de Gueux. Le 12 ème GP de la Marne s’est couru le 18 juillet. Le règlement étant le même que l’an passé, 15 voitures … Françaises étaient au départ. Les tarifs avaient été revus à la baisse pour attirer la foule. L’émouvante photo ci-contre montre l’abbé Adrien Perot, encore dans les mémoires de quelques habitants, en train de bénir la Delahaye de Laury Schell dans la cour de la ferme du Château.

Ajoutons que 40 000 visiteurs avaient fait le déplacement pour voir la seule Bugatti engagée remporter la victoire, avec quand même J.P. Wimille au volant.

Madame Rouault s’est fait très peur au second tour en sortant de la piste avec sa Delahaye, quant à Dreyfus, il crève, abandonne sa Delahaye dans un champ, emprunte celle de son patron Laury Schell … et se classe 5ème. Anecdotique ! Mais l’idée de changement de pilote et de voiture fait son chemin et on se met à reparler d’une course plus longue, genre 24 heures du Mans, peut-être en deux ou trois manches … c’est resté sans suite !

à suivre : #11 – La Loi du plus fort

  1. Germain Lambert est un petit constructeur ( Environ 50 véhicules produits). Imaginatif précoce, il est l’inventeur de solutions techniques avant-gardistes : 4 roues indépendantes, traction avant, suspension sans chocs … Piètre vendeur, il n’arrive pas à convaincre les grands constructeurs. Il s’installe à Reims en Juillet 1931, puis déménage avant de se retrouver du côté de Belfort.
  2. Jean pierre Wimille et Raymond Sommer ont donné respectivement leur nom aux deux premières tribunes construites sur le circuit en 1928 et 1931. Wimille est décédé au volant de sa voiture en 1949. Sommer, né à Mouzon en 1906, est mort des suite d’un accident de course en septembre 1950. La troisième tribune, érigée en 1953 porte le nom de Robert Benoist, pilote également, mais disparu en déportation en 1944. Ces trois pilotes s’étaient engagés pour servir leur pays avec la Résistance lors de la seconde Guerre mondiale
  3. Parvenu au pouvoir en mars 1933, Hitler tire un trait sur le paiement des réparations de Guerre. Cette question avait amplifié le ressentiment contre la France qu’Hitler et les nazi ont su exploiter dans leur conquête du pouvoir. Tandis que les français, cocardiers et chauvins entretenaient l’illusion que l’Allemagne paierait …
  4. Soutenues par le régime nazi, Mercedes et Auto Union font leur entrée sur la scène des Grands Prix. Paradoxalement, la France ne soutiendra pas Bugatti, pourtant constructeur français depuis 1909, mais créera un fonds de soutien national pour «une voiture de course française», la SEFAC (Sté d’Etude et de Fabrication d’Automobile de Course). C’est un douloureux échec ! Engagée, la voiture n’est pas prête à temps pour le GP de France.
  5. Laury Schell était un américain expatrié en France, propriétaire de la fameuse Ecurie Bleue essentiellement composées de Delahaye. Lucy O’Reilly Schell, son épouse était une riche irlando-américaine née en France et également propriétaire d’une écurie portant son nom. Leur fils Harry devint naturellement pilote et fit sa première course à Gueux aux côté de Fangio, tous deux sur Simca Gordini en juillet 1948.

Maison1938

 

-Edité le 29 octobre 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #9

 #9 – La consécration  (Retrouvez les autres articles ici )

GPACF32Les derniers véhicules avaient à peine quitté les garages du Circuit que les travaux d’aménagement pour recevoir le 26ème GP de France débutaient … enfin dans les têtes. Toute la presse internationale allait évidemment se déplacer à Gueux en Juillet 1932. Les retombées médiatiques et donc économiques pour Reims et la région Champagne allaient être sans précédent. C’était le moment de mettre le pied au plancher.

Devenu trop exigü, l’ancien poste de chronométrage servira de poste médical avancé (1) permettant de donner des soins urgents à un blessé grave avant avant son transfert  à l’hôpital.

La ligne de ravitaillement sera transformée : 15 stands supplémentaires construits sur le modèle des anciens lui seront accolés en direction de Gueux et une tour de 3 étages, appelée plus tard le Pavillon Central, sera érigée côté Thillois. Véritable QG (2) du Circuit, ce bâtiment abritera la Direction de course au rez-de-chaussée et les services de communication. La Direction Générale prendra possession du premier étage et le partagera avec les services de chronométrage. La presse occupera les étages supérieurs. Départ1950

Un tunnel de liaison reliant l’enceinte des tribunes et l’espace des stands sera creusé dans le même temps. Ce boyau ne permettra que la circulation de piétons, et le ravitaillement de la tour de Direction de course et des stands pendant les courses.

Le panneau d’affichage fixe au dessus des stands sera perfectionné. Ses cent vingt mètres carrés de surface afficheront constamment les positions des concurrents.

Des parkings supplémentaires seront créés pour desservir les points stratégiques de Gueux, La Garenne et Thillois. Dans le même temps, des enceintes pesages seront aménagées autour des deux tribunes.

La gare de Muizon située à quelque centaines de mètres des pelouses de La Garenne déversera des flots de voyageurs. Des buvettes judicieusement installées sauront les rafraichir. Des autobus sont également prévus pour faire la liaison entre La Haubette, à la sortie de Reims, et Thillois.

Le virage de Gueux est élargi, celui de la Garenne est amélioré. Il faut permettre aux pilotes de mieux les négocier afin de réaliser encore de meilleurs temps (3). Gueux doit être un Circuit de records. Par mesure de sécurité, des échappatoire sont ouvertes aux trois virages pour que les pilotes trop audacieux puissent rester en course, moyennant un temps précieux pour le retour en piste. C’est pour cela qu’ une 1932Pass.Thillois 2passerelle en bois est installée à Thillois (4). Elle facilitera la liaison entre les pelouses à la sortie du virage et celles de l’Auberge de la Bonne Rencontre.

C’est donc un circuit très accueillant que découvrent les premiers concurrents de ce premier week-end de juillet. Les 26 motards se lancent au milieu des tribunes le samedi après midi pour le Grand Prix de l’Union Motocycliste. Quatre catégories sont représentées de 175 à 500 cm3 … C’est Norton qui raffle la mise chez les gros cubes. Quand on pense que les premières Norton, en 1902 avaient un moteur Peugeot ! 1932WoodsNorton

Le dimanche à midi-pile, les 16 voitures issues des qualifications chronométrées (5) sont sous les ordres du Vicomte, président de l’ACF. Seulement 16 pilotes, pas une seule femme, mais quel beau tableau !

1932DepLa course dure 5h, pas une minute de plus, et quand retentit le signal d’arrivée, seules 3 voitures sont dans le même tour, les italiens Nuvolari, Borzacchini, qui succombera à Monza l’année suivante, et l’allemand Caracciola, tous les trois sur Alpha Roméo Type B 2650 cm3. Il reste 9 rescapés à l’arrivée.

Cette image illustre peut-être ce que j’écrivais précédemment (#6) : la dotation de champagne se faisait avec des bouteilles à étiquette blanche … cependant une main secourable vient étancher la soif de Tazio Nuvolari en mettant bien en évidence un flacon de Pommery devant les photographes de presse. Vive la pub’ !1932Novulari

C’est un bel exploit qu’ont réalisé là les organisateurs. Seulement 6 ans après sa création, le Circuit de Gueux avait obtenu enfin son visa pour le 19ème Grand Prix de France, privilège qu’il partagea avec peu de concurrence jusqu’à son dernier souffle en F1, en 1966.

Malheureusement tous ces efforts ont couté beaucoup d’argent, et les primes accordées aux meilleurs pilotes du moment pour qu’ils viennent courir à Gueux étaient démesurées. Endetté, l’ACACA, Automobile Club Ardenne Champagne Argonne, fut déficitaire. Dissout, ce Club à qui le Circuit doit tant a été remplacé par l’Automobile Club de Champagne.

ll faudra attendre fin 1938 pour qu’un nouveau bâtiment soit intégré dans le Circuit : la maison du gardien. Cette modeste bâtisse issue de la reconstruction après la première guerre mondiale dans le coeur de l’épingle de Thillois avait été démontée pierre par pierre avant d’être remaçonnée dans le paddock et servir de logement au gardien des lieux. Sauvagement abattue en 2012 malgré les recommandations de l’Architecte des Monuments de France, elle est aujourd’hui perdue à jamais. J’y reviendrai, bien évidemment !

à suivre : #10 – Un saut dans le temps

  1. Concept né de la médecine de guerre et de la constatation qu’ une personne ayant des blessures graves peut décéder dans les premières heures ou à cause de son transport.
  2. Douze années plus tard, du 22 juillet au 26 août 1944, c’est dans ce même bâtiment que s’est installé le PC du commandement militaire des FFI de la Marne, ou fut préparé, en liaison avec les alliés, le plan d’opérations pour la libération de Reims et du département. Qui était alors à la tête des FFI ? Pierre Bouchez … ancien pilote puis administrateur du Circuit.
  3. En 1931, le record du tour était de 148,6 Km/h, il fait un bond à 160 Km/h en 1932 !
  4. Cette passerelle fut ensuite démontée. Une autre passerelle fut installée par la compagnie BP en 1964.
  5. Les premières qualif’ à Gueux.

 

2012Shame

 – Edité le 24 septembre 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #8

#8 Un bon coup d’accélérateur (Retrouvez les autres articles ici )

Toto fut-il inspiré par Nicolas Boileau ? Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse, et le repolissez, ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

1931-101 HelléNice-AnneCécileRoseItierEn tout cas, las de voir l’ACACA recalée année après année pour l’organisation du Grand Prix de France, lui et son équipe surent mettre en avant le succès des derniers rassemblements du Circuit de Gueux pour lui donner davantage de capacité à accueillir du public. En 1931, la conjoncture n’était pas favorable, mais un effort fut consenti par tous. Si avec cela le Circuit de Gueux n’obtenait pas son visa GPF pour l’année suivante … alors làalors làet alors là … parole de Toto !

Donc les personnalités du monde automobile étaient bien au rendez-vous de Juillet 1931 pour le VIIème GP de la Marne. Le Vicomte Jehan de Rohan-Chabot, Président de l’ACF avait fait le déplacement en avion et en avait profité pour survoler et découvrir longuement le circuit et ses nouvelles infrastructures :

1931Trib2

  • Une tribune jumelle est construite sur le flanc gauche de celle de 1928 (1).  L’enceinte dite des tribunes est alors constituée des deux tribunes couvertes et d’une tribune découverte de 1000 places assises, la future Sommer. Des loges de pistes sont ajoutées sur le devant de ces nouvelles tribunes, en bord de piste. L’enceinte dite des pesages, à côté de la nouvelle tribune couverte se voit dotée de 3 gradins de 500 places.
  • Un promenoir de 1800m de long permet maintenant aux passionnés de circuler le long de la ligne droite entre les pelouses de Thillois et l’enceinte des tribunes. Par mesure de sécurité, à la fois pour les pilotes comme pour les spectateurs, les lisses en béton ont fait place à d’originaux murets amortisseurs faits de paille et de terre compactées entre deux grillages (2).

Avec ses 54 engagés, dont une véritable armada Bugatti (48 voitures), le GP de la Marne pouvait-il passer sereinement son grand oral ?

1931-104 départLe départ est donné en début d’après-midi, libérant les 28 concurrents retenus parmi lesquels se trouvent deux femmes qui une fois encore ne sont pas arrivées là par hasard :

ACRIAnne-Cécile Rose-Itier(3), surnommée la Chicane mobile par les pilotes quelque peu phallocrates de l’époque, était une très jolie jeune femme, distinguée et très volontaire. Prodigieusement douée, elle termine 3ème de sa catégorie 1500 cm3 sur sa Bugatti 37A, et 11ème du général.

  • Hélène Mariette Delange, était danseuse à succès à Paris. De son nom de scène, Hélène Nice, vient celui qui fit sa réputation : Hellé Nice (4). Modèle d’audace, de ténacité et de courage, elle place ce jour-là sa Bugatti 35C à la quatrième place de la catégorie 2 litres, et termine 14ème du classement général.

Hellé NiceOn rapporte que 150 000 spectateurs assistaient à ce Grand Prix de juillet que le fameux Louis Chiron ne put terminer, sa transmission ayant cassé au 3ème tour. Put-il se consoler en entendant le chanteur vedette invité du jour, Georges Milton, reprendre ses succès, J’ai ma combine et Pouet Pouet, ou encore partager une bouteille de champagne avec l’autre star présente sur le paddock, l’acteur Charles Vanel, promoteur du premier film parlant de Maurice Tourneur, Accusée, levez vous !

Marcel Lehoux remporte le GP, avec sa Bugatti 51, ovationné par un public enthousiaste et chauffé à blanc sous un soleil de plomb. Le rassemblement avait été une réussite totale et les échanges de regards en disaient long, annonçant des lendemains qui ne pouvaient être que prometteurs en ce temps de crise.

Les prodigieux efforts réalisés par l’ACACA avaient donc payé, et la récompense suprême et méritée attendait les organisateurs : le 26ème Grand Prix de l’Automobile Club de France sera bien pour le Circuit de Gueux, sous réserve que les quelques aménagements prévus au dossier de candidature soient réalisés. Ils le seront !

à suivre : #9 – La consécration

  1. Cette tribune prendra plus tard le nom de tribune Robert Benoist, pilote automobile français, grand résistant déporté et exécuté à Buchenwald en 1944.
  2. OLYMPUS DIGITAL CAMERADes accès en béton avaient été préservés le long de la ligne droite, à la fois pour pouvoir intervenir sur le circuit en cas d’accident, mais également pour permettre aux agriculteurs d’accéder à leurs champs le reste de l’année. Les derniers vestiges ont été détruits en février 2011 par les services départementaux à la demande de la municipalité de Gueux.
  3. Anna Augustine Lucille Itier, s’était mariée trop tôt et trop mal avec un écossais, Mr Rose, dont elle voulu oublier l’existence en devenant pilote d’avion puis de courses automobiles. Grand bien lui en a pris, elle fit carrière jusqu’en 1953, et fait toujours référence dans le monde de l’automobile.
  4. Femme qualifiée de rapide dans la vie comme en amour, Hellé Nice vivait à … 100 à l’heure. Un accident de ski mit fin à sa carrière de danseuse et elle devint pilote professionnelle jusqu’en 1949, quand le célèbre Louis Chiron l’accusa publiquement, et assurément à tort, d’avoir été un agent de la Gestapo. Lâchée aussitôt par ses sponsors et ses amis, elle sombra dans la misère. Elle est décédée sans un sou, dans un taudis, en 1984 à … Nice. Grâce aux travaux de Miranda Seymour et son ouvrage Bugatti Queen, la belle Hélène au béret blanc et au foulard rouge fut enfin blanchie et honorée en 2010. Une plaque commémorative est apposée auprès de sa pierre tombale à Ste Mesme (78), son village natal.

PlaqueHellé

virageThillois1932_Aérien

– Edité le 22 Août 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #7


#7 – La fin des Années folles 
(Retrouvez les autres articles ici )

Le krach de Wall Street à New York en octobre 1929 mettra définitivement fin aux insouciantes années folles nées en 1920. Paris et sa culture de l’élite ont déjà ressenti un sérieuse récession dès la fin de 1928 alors que s’affirme une nouvelle culture populaire qui va finir par s’imposer en France. Le sport de masse prend une large place dans ce nouveau mode de vie et déplace les foules. Bien que réservée à une certaine classe, la compétition automobile attire et fait rêver : au volant d’une voiture tous les hommes se sentent égaux.

ProjetContourn.La nouvelle municipalité de Jules Couet accueille donc le 5ème Grand prix de la Marne sur ses terres en juillet 1929, non sans rechigner (1) et remettre sur le tapis un projet de contournement de Gueux dont il a déjà été question les années précédentes. En temps de vaches maigres, il lui faut apprendre à faire contre mauvaise fortune bon coeur, en reconnaissant que cet évènement d’ampleur internationale, ses retombées économiques et médiatiques peuvent bien justifier quelques dérangements un jour ou deux dans l’année. Mais l’idée fait son chemin.

Grâce au succès de l’an passé (plus de 40 000 visiteurs), les organisateurs avaient pu poursuivre leurs travaux d’aménagement et en particulier l’installation de loges entre la tribune couverte et la piste, tout en ménageant un espace pesage. Des enceintes sont aménagées Logo_Essoaux trois virages pour recevoir un public de plus en plus nombreux (on parle de 50 000 personnes). Les deux gradins aux assises en béton le long de la rampe de départ ont peut-être été construits aussi cette année là. Les annonceurs se faisant de plus en plus nombreux, on profite de nouveaux espaces pour y glisser de la publicité. C’en est fini de l’exclusivité du carburant Aéro, certains constructeurs dont Bugatti ont fait le choix d’utiliser Esso (2).

1929_Depart1929_MLDerancourtLe départ de 1929 est donné en épi, les pilotes étant au volant. Trois femmes sont engagées, Violette Moriss, Lucie Schell (forfait), et Marie Léonie Derancourt, toutes trois déjà habituées au circuit. Cette dernière place sa Bugatti 35 à la 5ème place sur les 6 engagés de la catégorie 2 litres. Seulement 24 concurrents étaient au départ, mais la foule ravie a retenu que son champion Philippe Etancelin a terminé premier et a porté le record du tour à plus de 142km/h.

L’année se termine en septembre avec la course cycliste du 11ème circuit de Champagne remporté par le belge Louis Delannoy.

La région connait aussi une autre effervescence : les footballeurs de la SSPP (3) intègrent en 1929 le plus haut niveau de la ligue du Nord-Est. Ils arriveront même à battre leurs rivaux de toujours, le Sporting Club Rémois, attirant régulièrement 5000 personnes dans des installations modestes. Cela aboutira à la naissance du Stade de Reims et à l’érection d’un Stade Vélodrome quelques années plus tard. Une rude concurrence en perspective pour la SACR.

Mais revenons sur la piste : Nous voici déjà en 1930, et le WE du 28/29 juin est marqué par une série de manifestations exceptionnelles :

  • MissFrance1930Samedi 28 : Passage du Rallye automobile et motocycliste de Reims, avec 494 engagés et contrôle à l’arrivée place d’Erlon, devant le siège de l’Eclaireur de l’Est, bien évidemment.
  • Samedi 28 : Grand Concours d’Elégance à Reims avec 96 candidates dont la très jolie Miss France,Yvette Labrousse (4), présentant une Delage 8 cylindres
  • Dimanche 29 : Prix de Reims motocycliste et enfin le VIème GP de la Marne, filmé pour la première fois par la Paramount (5)

La foule est omniprésente, et les compteurs s’affolent. Certains annoncent 60 000 visiteurs à Gueux, d’autres 150 000 sur le Week end ! Fort heureusement de nouvelles infrastructures avaient été prévues, comme la construction de gradins à droite de la tribune couverte, et probablement ceux de la Courbe de Gueux. Côté sécurité, les lisses en béton alignées en face des stands ont fait place à des murets de paille et terre. Le petit chemin derrière les tribune est enfin aménagé en dur (D227) pour acheminer tous les véhicules des visiteurs jusqu’aux parkings.

On en serait presqu’à oublier que le vainqueur de l’épreuve reine fut René Dreyfus sur une Bugatti 35B, portant  le record du tour  à plus de 146 km/h.

à suivre : #8 Un bon coup d’accélérateur

  1. Le quart nord du village était isolé pendant les compétitions : les habitants devaient rester chez eux, le Café Thilgés, bien qu’étant aux premières loges au virage de Gueux restait inaccessible, la circulation des véhicules et du matériel agricoles étaient impossibles sur deux axes principaux du village …
  2. En 1902, la Standard Oil of New Jersey s’implante en France. C’est tout naturellement  que S.O devient ESSO un peu avant 1911.
  3. Société Sportive du Parc Pommery, club sportif de la maison de Champagne Pommery & Greno. Les joueurs portaient des maillots dorés et des shorts verts, rappelant les couleurs des bouteilles de champagne.
  4. Principalement connue sous le nom de Om Habibeh après avoir épousé l’Aga Kan III en 1944.
  5. De très nombreux reportages cinématographiques se sont tournés sur le mythique circuit de Gueux. En 1965, John Frankenheimer tourne Grand Prix, film mettant en scène le championnat de F1. Les dirigeants de la SACR lui interdisent de filmer à Gueux, et c’est finalement le magnifique Circuit de Charade, près de Clermont-Ferrand, qui offrira les images du GP de … Reims ! Ce film sort finalement en 1966, année du dernier GP de l’ACF couru à Gueux.

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– Edité le 30 juillet 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #6

#6 – Le grand départ (Retrouvez les autres articles ici )

1928-107-départ-gautjier Bugatti3544Plus de 30 000 spectateurs avaient assisté au 3ème GP de la Marne en 1927, la réputation du circuit de Gueux était faite et encourageait les efforts d’aménagement. L’engouement du public et des pilotes était tel que ce rassemblement s’est tout de suite affirmé comme étant une des compétitions automobiles les plus attendues du territoire national. Les pouvoir publics ne s’y sont pas trompés, les industriels non plus et en particulier les Grandes Maisons de champagne qui ont vu au travers de cet évènement de renommée internationale l’opportunité d’associer l’image du champagne à la victoire.

C’est tout cela qui fait dire qu’en 1928 fut donné le grand départ d’une formidable aventure qui facilita les progrès de l’automobile, l’application de techniques modernes de construction, de routes, le développement touristique de toute une région et la promotion de son produit phare. Un laboratoire, le Circuit de Gueux ? Evidemment !

Non terminée, mais inaugurée en grandes pompes en mai 1928 par le maire de Reims en personne, Paul Marchandeau (1),1928_2_ mai tribuneW la première tribune couverte du circuit (2) avait une capacité de 1200 places assises. Elle offrait un immense buffet sous les gradins avec vue sur la ligne droite avec cuisines et sanitaires à l’entre-sol.

Le constructeur, les Ciments Armés Demay Frères à Reims (3), se fit une belle publicité avec cette réalisation, modeste concurrente des monumentales halles de Reims mises à disposition du public en juin de la même année, et réalisées par la Sté du Limousin et Freyssinet. Le concept Eugène Freyssinet (voute mince) s’oppose au système René Demay (armatures de section rectangulaire, bien visibles sur les stands réalisés l’année précédente). Ces deux innovantes réalisations auront fait couler beaucoup de béton en 1928, et aussi beaucoup d’encre 80 ans après …

1928-116Tribune Cette tribune est érigée sur le terrain d’une ancienne briqueterie, terres incultes mais assez bien stabilisées pour servir de parking. Plusieurs centaines de chaises pliantes étaient installées sur les pesages devant la tribune. En face, le poste de chronométrage fut équipé de baies vitrées, et des gardes corps furent installés au dessus des stands. Les spectateurs y étaient davantage en sécurité. On parle de 40 000 visiteurs venus encourager la cinquantaine d’engagés du 4ème GP de la Marne sous le chaud soleil de juillet.

C’est certainement à cette époque que fut construite l’enceinte rapprochée des tribunes-parking VIP-pesages-pelouses, muret en béton armé surmonté d’un épais grillage, avec ses belles entrées façon pergola. A l’intérieur de cette enceinte toujours existante, auraient également été construites les premières buvettes en dur, et aménagées les premières places de stationnement VIP. Les voitures se seraient comptées par milliers, et l’accès aux différents parkings devenait donc très compliqué.
1928_AccèsVIP

1928_BuffetSsTribune ?L’épineux dénivelé de l’épingle de Thillois subit à nouveau quelques aménagements pour le confort des pilotes et aussi pour leur éviter de trop ralentir avant d’entrer sur la mythique ligne droite, gagnant ainsi de précieux dixièmes de seconde.

Deux femmes étaient engagées, Janine Jenneky et Lucy Schell (4).  Janine ne put se présenter au départ. La belle Lucy finit 6ème du Prix de la Ville de Reims.1928_Thillois_LucySchell

Herve Chandon de Briaille ne termina pas sa première participation à Gueux, et on ne le reverra plus. Y-at-il un rapport entre ce Chandon, comte et propriétaire exploitant, et la première et généreuse dotation en lots de bouteilles par les Maisons de Champagne ? Cela reste à démontrer. Il se disait néanmoins que d’un commun accord les bouteilles offertes seraient habillées d’étiquettes blanches, la profession voulant mettre en avant un produit, plutôt qu’une marque … cela ne dura pas bien longtemps !

Notre sympathique ami Pierre Bouchez était bien sûr de la partie. Il n’aura pu boucler deux tours, suite à un stupide accident. Ce fut sa dernière participation en course, mais ce passionné restera longtemps dans l’équipe des organisateurs, avant de retrouver son circuit dans des circonstances plus dramatiques.

1928_GI_PBouchez

Et Chiron emporta l’édition 1928, bouclant les 50 tours de circuit à près de 133km/h. Phiphi Etancelin était dépité, vainqueur l’an passé et longtemps second derrière Louis Chiron avant de disparaitre du classement, il pensait voir s’envoler l’espoir de remporter déjà l’an prochain le grand Trophée de 3 victoires à Gueux(5).

à suivre : #7 – La fin des années folles

  1. Aussi DG de l’Eclaireur de l’Est et grand passionné d’automobile, député maire et également ministre sous la 4ème République.
  2. Aujourd’hui tribune Wimille, en hommage à ce grand pilote Français, prénommé Jean Pierre, décédé au volant de sa voiture lors d’essais en 1949 à Buenos aires.
  3. Entreprise crée à Reims la fin du XIXème par René Demay et ses frères aînés. Réalisation de réservoirs, silos, cuves verrées, tant en France qu’à l’étranger, ainsi que de nombreuses constructions industrielles (Usines, Moulins, Filatures, Brasseries …). René DEMAY avait participé à la fondation de la chambre syndicale des constructeurs en ciment armé.
  4. Née Lucy O’Reilly, fille d’un multi millionnaire américain d’origine irlandaise.
  5. Vainqueur en 1927, il gagnera  en 1929 et finit par obtenir ce beau Trophée en 1933.

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Le Circuit de Gueux, autrement #5

#5 – Construire en dur (Retrouvez les autres articles ici )

PT1927-105-Tribune  BignanAvant tout, la piste fut élargie sur une cinquantaine de mètres, là où se trouvaient les stands en bois installés pour les courses de 1926. En effet, l’impossibilité de faire un départ en épi aux premières 12 heures était restée en travers de la gorge des organisateurs. La sortie des stands après ravitaillement n’offrait pas non plus toutes les conditions de sécurité exigées. Il était important de remédier à cela. Une ligne de 10 stands en béton de 4m sur 3m a donc été construite en retrait de la route (1). Un solide poste de chronométrage avec étage, en béton également, a été placé à l’aval de l’alignement de ces stands, en face de l’ancien «perchoir» de 1926, et en préservant un espace carburant Aéro (2).
PT1927-116-stands-ravitaill

Des poteaux et lisses en béton fraichement peints en blanc ont remplacé les barrières en bois et quelques constructions en planches prolongent les installations en dur. Un panneau d’affichage fixe est installé sur la terrasse des nouveaux stands où d’audacieux spectateurs se sont installés pour assister au III ème GP de la Marne. Nous sommes au mois de juillet 1927.

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PT1927-199-Pub à Reims

Pub’ devant la gare de Reims

Une vaste tribune officielle démontable avait aussi été installée en face de la ligne des stands. C’est évidemment noir de monde. Ce public, qui avait été sollicité par une solide campagne publicitaire s’était principalement donné rendez-vous dans les pesages ou sur les pelouses (3). On en trouvait en face des stands, mais aussi à Gueux, à la Garenne et à Thillois, où les organisateurs avaient judicieusement installé de bonnes buvettes bâchées … et des postes de secours, bâchés eux aussi !

L’épingle de Thillois avait été légèrement arrondie pour améliorer les performances des pilotes. Ceux-ci feront remarquer que le tronçon entre Gueux et la Garenne est encore très accidenté. Les spectateurs de la Garenne, quant à eux, regretteront de perdre de vue les voitures un bref instant dans la cuvette en bas de Gueux. Alors oui, c’est décidé, cette portion de route sera rapidement refaite.

Déjà en 1926, les contrôles techniques avaient eu lieu à Reims, place d’Erlon, au siège de l’Eclaireur de l’Est … les pilotes y emmenaient leurs engins par la route. Quel spectacle dans les rues de Reims ! Cette originale manifestation fut renouvelée en 1927 et ce fut ainsi encore pendant de très longues années.

Les ravitaillements étaient spectaculaires : les mécanos allaient chercher l’essence dans des bidons chez AERO et remplissaient au seau les réservoirs des autos avec un gros entonnoir.

Violette Morris

Violette M.

Cette année fut également marquée par la présence de deux femmes pilotes, Violette Morris sur une BNC 527 (4) et Marie-Léonie Derancourt sur une Salmson (4). Son fils Albert, alors âgé de 12 ans, fit même une démonstration de ses talents de pilote (5).

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Albert Derancourt

Marie-Léonie ne termina pas la course, mais Violette, que l’on appelait encore La Moriss se classa 7ème de sa catégorie. Cette rude concurrente jouira plus tard d’une bien mauvaise réputation. J’y reviendrai.

Et notre ami Pierre Bouchez ?  Il termina sa course en 3ème position de sa série sur sa Georges Irat 2l… fidèle à son circuit, en attendant la suite.

Parce que suite il va y avoir, et de quelle manière… Le rendez vous est pris pour juillet 1928, avec la promesse de voir un circuit à l’image de ce qu’avait déjà tracé et dessiné Marcel Blanc en 1927 avec le pilotage avisé de … Toto, bien certainement.

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Notez enfin que cette saison 1927 s’est terminée avec l’organisation de la première course sur route du Grand prix de Reims cycliste, au début de septembre, qui vit le triomphe de Marcel Duc. La polyvalence sportive du circuit de Reims-Gueux était reconnue.

à suivre : #6 Le grand départ

  1. 10 stands en béton sont construits en 1927, dont 5 seulement subsistent, en aval de la terrasse de la tour dite des restaurants
  2. l’essence Aero, la meilleure de France, était un sponsor de la première heure avec son distributeur Société Champenoise des Carburants, de Reims
  3. les pesages sont les endroits ou on peut voir les concurrents de près, les pelouses sont des espaces enherbés coupés ras pour recevoir du public
  4. les BNC étaient des voitures voiture françaises : Bollack & Netter Compagnie
  5. d’abord fabricant français de Pompes en 1890, puis constructeur d’avions et de voitures, la compagnie Salmson est aujourd’hui revenue à ses premiers amours : la conception et la fabrication de systèmes de pompages
  6. à 7 ans, Albert Derancourt fonçait à plus de 130 km/h sur l’autodrome de Montlhéry et à 8ans il donnait  des cours de conduite.

1929-109-Thillois bonne rencontre

– Edité le 21 juin 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #4

#4 – Premiers rassemblements  (Retrouvez les autres articles ici )

Clairement, le fier Toto “la grande gueule”  ne devait pas en mener large lorsque fut donné le premier départ en plein milieu des champs du tout nouveau Circuit de Gueux, le 25 juillet 1926, à 9H00 très précises. Les motos ouvraient le ban, puis viendrait le tour des voitures. La première machine à fanchir la ligne d’arrivée du circuit de Gueux fut une moto Alcyon de 175 cm3 pilotée par Marcel Jolly (82 km/h de moyenne) devant celle de Lucien Demasson.

MarcelJolly Version 2 - Version 3

Jolly-Demasson à ?

A 14H00, Pierre Bouchez, dont nous avons déjà parlé et dont nous reparlerons encore, lançait sa Georges Irat 2 litres sports à l’assaut de la première rampe avant d’attaquer la longue courbe du Calvaire.  Sa “Voiture de l’élite” (1) l’abandonnait après quelques tours seulement.  Revanchard et déterminé, il savait qu’il serait prêt pour le départ des premières 12 heures de Reims … le mois suivant !

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Bouchez à la Garenne

Là, effectivement, il devait terminer 6ème, et 1er de sa catégorie, ayant quand même parcouru 824 km, soit 232 km de moins que le premier,  Gauthier  sur une Bignan 2 litres course.

Ainsi donc l’ACACA,  avait proposé cette même année 1926 deux grands rassemblements sur le tracé de Gueux. C’était une audace supplémentaire, mais sans doute indispensable pour marquer les esprits. Raymond Roche l’avait rêvé, ou plutôt avait assemblé dans ses rêves les images qu’il avait vues de Monthléry et de son autodrome, et du premier et spectaculaire départ en épi des concurrents des 24 heures du Mans de 1925. Il n’y avait pas de temps à perdre : Reims avait son circuit, il aurait un jour son Grand Prix de France et en attendant il avait déjà ses 12 heures.

Planté au milieu de la piste, Raymond imaginait déjà, d’un regard périphérique,la ligne des stands, avec beaucoup de stands,  de longues tribunes pour le public et la presse, et aussi une passerelle comme au Mans, et pourquoi pas un tunnel pour accéder facilement au paddock …. Oui, le circuit de Reims-Gueux allait devenir une référence internationale. Pari réussi, non ?

1926-111-Auber Bugatti371926_StandsMais en attendant le faste, il fallut faire profil bas : les premiers stands étaient en bois, tout comme le perchoir-poste de chronométrage. Le public, nombreux malgré le temps incertain, devait se contenter de rester derrière de modestes barrières en face des stands et en divers points du circuit. Les pilotes s’en donnaient à coeur joie dans les virages, notamment à la Bonne Rencontre ou la différence de niveau au raccordement des chaussées accentuait l’effet de survirage et leur permettait d’exprimer leur talent. Ils étaient plutôt satisfaits, mais auraient sans doute préféré un meilleur état des routes avec moins d’arbres et de poteaux en bord de piste. Cela leur demanderait encore un peu de patience !

Le bilan de ce premier rassemblement de juillet sur les terres de Gueux fut extrêmement positif, et le troisième Grand Prix de la Marne fut programmé pour juillet 1927. La SACR (2) fut créée en juillet 1926, chargée de faire l’acquisition de terrains, l’aménagement du Circuit et de ses infrastructure, et la promotion des évènements.

Malheureusement en Août 1926, la Coupe d’Or des 12 heures de Reims n’avait pas déplacé la foule et les organisateurs durent revoir leur copie. Etait-ce à cause du doublon avec la réunion de juillet, des heures de départ et arrivée (12h00 /0h00), ou encore des grandes vacances ?

Il fallut se résigner et abandonner l’idée des 12 heures… au moins pour de longues années, jusqu’en juillet 1953 pour vivre un nouveau rassemblement extraordinaire à Gueux : les 12 heures Internationales de Reims, suivies du 40 ème Grand Prix de l’Automobile Club de France , le tout dans le même Week-end.

à suivre : #5 – Construire en dur

  1. C’est ainsi qu’on appelait les “Georges Irat”
  2. SACR : Société Anonyme des Circuits de Reims

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Edité le 3 juin 2013

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Petit tour du Circuit de Gueux

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