Le Circuit de Gueux, Autrement #12

#12 – Toujours y croire (Retrouvez les autres articles ici)

1939 DepartACFNous en étions restés en 1938, avec l’incontestable victoire des Mercedes ponctuée par le salut hitlérien du vainqueur Von Brauchitsch. Il restait à savoir si les ingénieurs français allaient laver l’affront et proposer, en 1939, des voitures capables de lutter avec les allemandes, comme s’était amusé à le souligner l’ingénieur en chef du trio gagnant, M. NeubauerLire la suite

Des as sur le Circuit, à Gueux

Gueux, le 22 novembre 2013 :

SurteesNov2013Sympathique rencontre de générations avec le toujours vert John Surtees (80 l’an prochain) et le pilote britannique Oliver Gavin, un gamin de 41 ans, champion de formule 3, déjà plusieurs fois vainqueur des 24h du Mans en catégorie GTS avec la Corvette Racing et plusieurs fois champion de ALMS (championnat automobile nord-américain d’endurance).

Après avoir décroché sept titres de champion du monde moto, John Surtees passe en Formule 1 et décroche le titre mondial en 1964. Il reste à ce jour le seul pilote champion du monde moto et de Formule 1. Il a couru à Gueux en F1, Lire la suite

Le Circuit de Gueux, autrement #11

# 11- La loi du plus fort (Retrouvez les autres articles ici )

La crise s’était installée dans notre 4ème république : la dette était évaluée à 110% du PIB, le chômage stagnait à 7,5%, l’inflation flirtait avec les 14%, le Président du Conseil (1) chutait deux fois en trois mois … vraiment il fallait trouver matière à mettre un peu de gaité et de dynamisme dans le coeur de nos compatriotes. Heureusement, l’année 1938 devait être aussi une année marquée en évènements plutôt encourageants, au moins pour la région :

Le 5 juin, le tout nouveau Stade Vélodrome Municipal (2) accueillait les équipes de Hongrie et des Indes Néerlandaises (score 6/0) pour le premier tour de la troisième Coupe du Monde qui se tenait en France du 4 au 19 juin 1938. Lire la suite

Un sourire, à Gueux

Gueux, le 20 octobre 2013 :

SourireGxRien qu’une formule : ça calme, hein, un sourire comme cela !

Il n’est pas plus beau ainsi, notre cher petit village ?

Venez souvent nous rendre visite, petites merveilles de la mécanique !

Voitures à Gueux 031

Le Circuit de Gueux, autrement #10

 #10 – Un saut dans le temps  (Retrouvez les autres articles ici )

1933DépartNous nous sommes quittés en 1932, année heureuse qui offrait à Gueux le prestigieux titre de Circuit du Grand Prix de France. Après Le Mans, pionnier en 1906, neuf circuits différents avaient été testés. Toto Roche et son équipe avaient vu juste. Le public avait besoin de spectacle et de vitesse, et Gueux, avec ses lignes droites et ses infrastructures modernes, donnait beaucoup de satisfactions à la fois aux spectateurs comme aux organisateurs.Ce laboratoire de la route convenait parfaitement aux pilotes et aux constructeurs. La distance parcourue entre chaque tour, à peine 8 km était un excellent compromis entre le trop petit circuit de Miramas (5 km), et le devenu incontournable circuit de Montlhéry (12 Km). Il était toutefois difficile de lutter contre ce géant aux spectaculaires virages relevés de son anneau de vitesse. Et puis les investissements de ces dernières années avaient été lourds, et il convenait aussi, aux yeux de tous, de faire une sage pause dans le temps.

Montlhéry s’offrit donc les GPF de 1933 à 1937. Et pendant ce temps, à Gueux, la toute jeune association de l’ACA, Automobile Club de Champagne en a profité pour se donner de l’expérience et démontrer qu’elle était à la hauteur de la réputation de son circuit automobile :

En juillet 1933, le 8ème GP de la Marne se dispute à Gueux devant une foule conquise (plus de 50 000 spectateurs). L’ouverture du circuit est réalisée par une voiture fabriquée à Reims, la 6CV Sans Choc de Germain Lambert (1).Logo LambertGL_Sans_Choc

Ce sont, à l’image des GP de France, les essais qui déterminent la grille de départ. Finalement Alfa Roméo et son armada (10 Alpha sur les 18 voitures engagées) prennent les 3 premières places du podium final. Phiphi Etancelin remporte la course, talonné par Jean-Pierre Wimille (2), tandis que le Sanglier des Ardennes, Raymond Sommer (2) prend une belle troisième place.

Les Français sont donc à l’honneur, et font un cocardier pied de nez à leur voisin allemand qui venait d’annoncer ne plus vouloir payer sa dette de Guerre (3).

1934_VarzyLe 9eme GP de la Marne s’est couru le 8 juillet 1934. Alpha Roméo monopolise encore le podium. Une seule Bugatti (4) est en lice. Howe réussira à la placer en 5ème position. Une seule Auto-Union (4) est venue prendre la température. Elle ne tiendra que les 3/4 de la course. Ses grandes soeurs et ses cousines Mercedes avaient préféré se mobiliser pour le GPF du dimanche précédent.

C’est le français Louis Chiron qui remporte l’épreuve devant 100 000 … ou 30 000 spectateurs, selon les sources !

1935_familistère_bugattiL’année 1935 propose deux courses le 7 juillet : le 10ème GP de la Marne, et une nouveauté, le 1er GP de la Marne de Tourisme.

Au GP de la Marne, Alpha Roméo remporte les éliminatoire et fait un nouveau trio en finale avec René Dreyfus, Chiron et Sommer. Les allemands n’ont pas couru, préférant encore s’investir dans le GP de France où ils placent 4 voitures dans les 5 premières. L’image de Gueux en prend un sérieux coup, même si le menu apporte de la variété avec le 1er GP de la Marne de Tourisme et le retour de pilotes féminines, Lucy Schell, Anne Cécile Rose-Itier, Pierrette Dax et Germaine Rouault.

L’ambiance n’y est plus, et pas seulement à Gueux. Une semaine après le GP, 500 000 personnes défilent de la Bastille à la Porte de Vincennes, pour assurer la Paix humaine. Un moment clé dans la constitution du Front Populaire.

1936_départEn 1936, c’est la crise. La France se cherche et ne se trouve pas. Les velléités des belliqueux gouvernements fascistes se font entendre. Pour redorer son image, l’Automobile Club de France arrange un GPF sans les bolides allemands et italiens. Les Delahaye, Bugatti, Talbot et Amilcar sont à la fête. Même chose à Gueux : les allemands qui avaient boudé le GP de la Marne précédent ne peuvent de toute façon pas participer en Juillet 1936, à cause d’un judicieux règlement qui écarte les meilleures voitures du moment. C’est cependant un immense succès. Il y a trop de concurrents engagés et une sélection doit se faire pour n’en conserver que 30. Lucy Schell (5) est sélectionnée, tout comme son mari Laury. Fernande Roux, future équipière de Germaine Rouault au 24 heures du Mans fera ses premiers tours de piste en Champagne.

Voilà enfin la victoire attendue d’une voiture française avec Jean Pierre Wimille sur une Bugatti 57G, suivi à 1 minute de Robert Benoist, sur Bugatti 57 G, à la moyenne de 140 Km/h, soit 20km/h moins vite que l’an passé … Mais on se serait cru comme avant !

Et pendant ce temps-là, Violette Moriss (vous vous souvenez, la fille-garçon-manqué jetée par les instances sportives françaises), faisait ses bagages pour répondre à une invitation personnelle aux JO de Berlin. Tonton Adolf allait être très gentil avec elle, attiser ses rancoeurs et en faire une espionne de premier ordre qu’il placera au chaud pour son futur comité d’accueil en France …

1937_Bénédiction FermePDeux mots sur 1937 pour en terminer avec ce saut rapide dans le temps, et sans trop d’intérêt, je pense, pour le Circuit de Gueux. Le 12 ème GP de la Marne s’est couru le 18 juillet. Le règlement étant le même que l’an passé, 15 voitures … Françaises étaient au départ. Les tarifs avaient été revus à la baisse pour attirer la foule. L’émouvante photo ci-contre montre l’abbé Adrien Perot, encore dans les mémoires de quelques habitants, en train de bénir la Delahaye de Laury Schell dans la cour de la ferme du Château.

Ajoutons que 40 000 visiteurs avaient fait le déplacement pour voir la seule Bugatti engagée remporter la victoire, avec quand même J.P. Wimille au volant.

Madame Rouault s’est fait très peur au second tour en sortant de la piste avec sa Delahaye, quant à Dreyfus, il crève, abandonne sa Delahaye dans un champ, emprunte celle de son patron Laury Schell … et se classe 5ème. Anecdotique ! Mais l’idée de changement de pilote et de voiture fait son chemin et on se met à reparler d’une course plus longue, genre 24 heures du Mans, peut-être en deux ou trois manches … c’est resté sans suite !

à suivre : #11 – La Loi du plus fort

  1. Germain Lambert est un petit constructeur ( Environ 50 véhicules produits). Imaginatif précoce, il est l’inventeur de solutions techniques avant-gardistes : 4 roues indépendantes, traction avant, suspension sans chocs … Piètre vendeur, il n’arrive pas à convaincre les grands constructeurs. Il s’installe à Reims en Juillet 1931, puis déménage avant de se retrouver du côté de Belfort.
  2. Jean pierre Wimille et Raymond Sommer ont donné respectivement leur nom aux deux premières tribunes construites sur le circuit en 1928 et 1931. Wimille est décédé au volant de sa voiture en 1949. Sommer, né à Mouzon en 1906, est mort des suite d’un accident de course en septembre 1950. La troisième tribune, érigée en 1953 porte le nom de Robert Benoist, pilote également, mais disparu en déportation en 1944. Ces trois pilotes s’étaient engagés pour servir leur pays avec la Résistance lors de la seconde Guerre mondiale
  3. Parvenu au pouvoir en mars 1933, Hitler tire un trait sur le paiement des réparations de Guerre. Cette question avait amplifié le ressentiment contre la France qu’Hitler et les nazi ont su exploiter dans leur conquête du pouvoir. Tandis que les français, cocardiers et chauvins entretenaient l’illusion que l’Allemagne paierait …
  4. Soutenues par le régime nazi, Mercedes et Auto Union font leur entrée sur la scène des Grands Prix. Paradoxalement, la France ne soutiendra pas Bugatti, pourtant constructeur français depuis 1909, mais créera un fonds de soutien national pour «une voiture de course française», la SEFAC (Sté d’Etude et de Fabrication d’Automobile de Course). C’est un douloureux échec ! Engagée, la voiture n’est pas prête à temps pour le GP de France.
  5. Laury Schell était un américain expatrié en France, propriétaire de la fameuse Ecurie Bleue essentiellement composées de Delahaye. Lucy O’Reilly Schell, son épouse était une riche irlando-américaine née en France et également propriétaire d’une écurie portant son nom. Leur fils Harry devint naturellement pilote et fit sa première course à Gueux aux côté de Fangio, tous deux sur Simca Gordini en juillet 1948.

Maison1938

 

-Edité le 29 octobre 2013

Journée du patrimoine, à Gueux

Gueux, le 16 septembre 2013 :

CdG-Sept2013Samedi 14 et dimanche 15 ont été célébrées les 30 èmes journées européennes du patrimoine, à l’occasion du centenaire de la loi du 31 décembre 1913 fondatrice de la sauvegarde des monuments historiques.

La France est reconnue pour être l’un des pays des plus dynamiques pour la protection de ses trésors quand ils sont en danger. Lire la suite

Le Circuit de Gueux fait son cinéma

Gueux, le 31 août 2013 :

Deux jeunes réalisateurs du département SATIS * de la fac’ des sciences de l‘universite d’Aix-Marseille ont sillonné la France au cours du mois d’août à la recherche de lieux abandonnés et cependant chargés d’histoire. C’est ainsi qu’ils sont passés à Gueux le 28 août dernier pour faire de mémorables prises de vues des infrastructures de l’ancien Circuit. Celles-ci seront mises à l’honneur au premier semestre de 2014 dans un film documentaire de 52mn environ : Urbs Phantasma, la ville fantôme.

* Formation aux métiers de l’image et du son.

Le Raid Suisse-Paris, à Gueux

Gueux le 24 août 2013 :

2013AoutRaid BaleParisS101Les Amis du Circuit de Gueux ont accueilli les 108 participants au Raid Bâle-Paris ce matin. Le départ chrono de la troisième  et dernière étape avait effectivement lieu devant les stands du mythique circuit, lui donnant à nouveau l’éclat qu’il mérite, malgré un temps plutôt maussade. Lire la suite

Le Circuit de Gueux, autrement #9

 #9 – La consécration  (Retrouvez les autres articles ici )

GPACF32Les derniers véhicules avaient à peine quitté les garages du Circuit que les travaux d’aménagement pour recevoir le 26ème GP de France débutaient … enfin dans les têtes. Toute la presse internationale allait évidemment se déplacer à Gueux en Juillet 1932. Les retombées médiatiques et donc économiques pour Reims et la région Champagne allaient être sans précédent. C’était le moment de mettre le pied au plancher.

Devenu trop exigü, l’ancien poste de chronométrage servira de poste médical avancé (1) permettant de donner des soins urgents à un blessé grave avant avant son transfert  à l’hôpital.

La ligne de ravitaillement sera transformée : 15 stands supplémentaires construits sur le modèle des anciens lui seront accolés en direction de Gueux et une tour de 3 étages, appelée plus tard le Pavillon Central, sera érigée côté Thillois. Véritable QG (2) du Circuit, ce bâtiment abritera la Direction de course au rez-de-chaussée et les services de communication. La Direction Générale prendra possession du premier étage et le partagera avec les services de chronométrage. La presse occupera les étages supérieurs. Départ1950

Un tunnel de liaison reliant l’enceinte des tribunes et l’espace des stands sera creusé dans le même temps. Ce boyau ne permettra que la circulation de piétons, et le ravitaillement de la tour de Direction de course et des stands pendant les courses.

Le panneau d’affichage fixe au dessus des stands sera perfectionné. Ses cent vingt mètres carrés de surface afficheront constamment les positions des concurrents.

Des parkings supplémentaires seront créés pour desservir les points stratégiques de Gueux, La Garenne et Thillois. Dans le même temps, des enceintes pesages seront aménagées autour des deux tribunes.

La gare de Muizon située à quelque centaines de mètres des pelouses de La Garenne déversera des flots de voyageurs. Des buvettes judicieusement installées sauront les rafraichir. Des autobus sont également prévus pour faire la liaison entre La Haubette, à la sortie de Reims, et Thillois.

Le virage de Gueux est élargi, celui de la Garenne est amélioré. Il faut permettre aux pilotes de mieux les négocier afin de réaliser encore de meilleurs temps (3). Gueux doit être un Circuit de records. Par mesure de sécurité, des échappatoire sont ouvertes aux trois virages pour que les pilotes trop audacieux puissent rester en course, moyennant un temps précieux pour le retour en piste. C’est pour cela qu’ une 1932Pass.Thillois 2passerelle en bois est installée à Thillois (4). Elle facilitera la liaison entre les pelouses à la sortie du virage et celles de l’Auberge de la Bonne Rencontre.

C’est donc un circuit très accueillant que découvrent les premiers concurrents de ce premier week-end de juillet. Les 26 motards se lancent au milieu des tribunes le samedi après midi pour le Grand Prix de l’Union Motocycliste. Quatre catégories sont représentées de 175 à 500 cm3 … C’est Norton qui raffle la mise chez les gros cubes. Quand on pense que les premières Norton, en 1902 avaient un moteur Peugeot ! 1932WoodsNorton

Le dimanche à midi-pile, les 16 voitures issues des qualifications chronométrées (5) sont sous les ordres du Vicomte, président de l’ACF. Seulement 16 pilotes, pas une seule femme, mais quel beau tableau !

1932DepLa course dure 5h, pas une minute de plus, et quand retentit le signal d’arrivée, seules 3 voitures sont dans le même tour, les italiens Nuvolari, Borzacchini, qui succombera à Monza l’année suivante, et l’allemand Caracciola, tous les trois sur Alpha Roméo Type B 2650 cm3. Il reste 9 rescapés à l’arrivée.

Cette image illustre peut-être ce que j’écrivais précédemment (#6) : la dotation de champagne se faisait avec des bouteilles à étiquette blanche … cependant une main secourable vient étancher la soif de Tazio Nuvolari en mettant bien en évidence un flacon de Pommery devant les photographes de presse. Vive la pub’ !1932Novulari

C’est un bel exploit qu’ont réalisé là les organisateurs. Seulement 6 ans après sa création, le Circuit de Gueux avait obtenu enfin son visa pour le 19ème Grand Prix de France, privilège qu’il partagea avec peu de concurrence jusqu’à son dernier souffle en F1, en 1966.

Malheureusement tous ces efforts ont couté beaucoup d’argent, et les primes accordées aux meilleurs pilotes du moment pour qu’ils viennent courir à Gueux étaient démesurées. Endetté, l’ACACA, Automobile Club Ardenne Champagne Argonne, fut déficitaire. Dissout, ce Club à qui le Circuit doit tant a été remplacé par l’Automobile Club de Champagne.

ll faudra attendre fin 1938 pour qu’un nouveau bâtiment soit intégré dans le Circuit : la maison du gardien. Cette modeste bâtisse issue de la reconstruction après la première guerre mondiale dans le coeur de l’épingle de Thillois avait été démontée pierre par pierre avant d’être remaçonnée dans le paddock et servir de logement au gardien des lieux. Sauvagement abattue en 2012 malgré les recommandations de l’Architecte des Monuments de France, elle est aujourd’hui perdue à jamais. J’y reviendrai, bien évidemment !

à suivre : #10 – Un saut dans le temps

  1. Concept né de la médecine de guerre et de la constatation qu’ une personne ayant des blessures graves peut décéder dans les premières heures ou à cause de son transport.
  2. Douze années plus tard, du 22 juillet au 26 août 1944, c’est dans ce même bâtiment que s’est installé le PC du commandement militaire des FFI de la Marne, ou fut préparé, en liaison avec les alliés, le plan d’opérations pour la libération de Reims et du département. Qui était alors à la tête des FFI ? Pierre Bouchez … ancien pilote puis administrateur du Circuit.
  3. En 1931, le record du tour était de 148,6 Km/h, il fait un bond à 160 Km/h en 1932 !
  4. Cette passerelle fut ensuite démontée. Une autre passerelle fut installée par la compagnie BP en 1964.
  5. Les premières qualif’ à Gueux.

 

2012Shame

 – Edité le 24 septembre 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #8

#8 Un bon coup d’accélérateur (Retrouvez les autres articles ici )

Toto fut-il inspiré par Nicolas Boileau ? Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse, et le repolissez, ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

1931-101 HelléNice-AnneCécileRoseItierEn tout cas, las de voir l’ACACA recalée année après année pour l’organisation du Grand Prix de France, lui et son équipe surent mettre en avant le succès des derniers rassemblements du Circuit de Gueux pour lui donner davantage de capacité à accueillir du public. En 1931, la conjoncture n’était pas favorable, mais un effort fut consenti par tous. Si avec cela le Circuit de Gueux n’obtenait pas son visa GPF pour l’année suivante … alors làalors làet alors là … parole de Toto !

Donc les personnalités du monde automobile étaient bien au rendez-vous de Juillet 1931 pour le VIIème GP de la Marne. Le Vicomte Jehan de Rohan-Chabot, Président de l’ACF avait fait le déplacement en avion et en avait profité pour survoler et découvrir longuement le circuit et ses nouvelles infrastructures :

1931Trib2

  • Une tribune jumelle est construite sur le flanc gauche de celle de 1928 (1).  L’enceinte dite des tribunes est alors constituée des deux tribunes couvertes et d’une tribune découverte de 1000 places assises, la future Sommer. Des loges de pistes sont ajoutées sur le devant de ces nouvelles tribunes, en bord de piste. L’enceinte dite des pesages, à côté de la nouvelle tribune couverte se voit dotée de 3 gradins de 500 places.
  • Un promenoir de 1800m de long permet maintenant aux passionnés de circuler le long de la ligne droite entre les pelouses de Thillois et l’enceinte des tribunes. Par mesure de sécurité, à la fois pour les pilotes comme pour les spectateurs, les lisses en béton ont fait place à d’originaux murets amortisseurs faits de paille et de terre compactées entre deux grillages (2).

Avec ses 54 engagés, dont une véritable armada Bugatti (48 voitures), le GP de la Marne pouvait-il passer sereinement son grand oral ?

1931-104 départLe départ est donné en début d’après-midi, libérant les 28 concurrents retenus parmi lesquels se trouvent deux femmes qui une fois encore ne sont pas arrivées là par hasard :

ACRIAnne-Cécile Rose-Itier(3), surnommée la Chicane mobile par les pilotes quelque peu phallocrates de l’époque, était une très jolie jeune femme, distinguée et très volontaire. Prodigieusement douée, elle termine 3ème de sa catégorie 1500 cm3 sur sa Bugatti 37A, et 11ème du général.

  • Hélène Mariette Delange, était danseuse à succès à Paris. De son nom de scène, Hélène Nice, vient celui qui fit sa réputation : Hellé Nice (4). Modèle d’audace, de ténacité et de courage, elle place ce jour-là sa Bugatti 35C à la quatrième place de la catégorie 2 litres, et termine 14ème du classement général.

Hellé NiceOn rapporte que 150 000 spectateurs assistaient à ce Grand Prix de juillet que le fameux Louis Chiron ne put terminer, sa transmission ayant cassé au 3ème tour. Put-il se consoler en entendant le chanteur vedette invité du jour, Georges Milton, reprendre ses succès, J’ai ma combine et Pouet Pouet, ou encore partager une bouteille de champagne avec l’autre star présente sur le paddock, l’acteur Charles Vanel, promoteur du premier film parlant de Maurice Tourneur, Accusée, levez vous !

Marcel Lehoux remporte le GP, avec sa Bugatti 51, ovationné par un public enthousiaste et chauffé à blanc sous un soleil de plomb. Le rassemblement avait été une réussite totale et les échanges de regards en disaient long, annonçant des lendemains qui ne pouvaient être que prometteurs en ce temps de crise.

Les prodigieux efforts réalisés par l’ACACA avaient donc payé, et la récompense suprême et méritée attendait les organisateurs : le 26ème Grand Prix de l’Automobile Club de France sera bien pour le Circuit de Gueux, sous réserve que les quelques aménagements prévus au dossier de candidature soient réalisés. Ils le seront !

à suivre : #9 – La consécration

  1. Cette tribune prendra plus tard le nom de tribune Robert Benoist, pilote automobile français, grand résistant déporté et exécuté à Buchenwald en 1944.
  2. OLYMPUS DIGITAL CAMERADes accès en béton avaient été préservés le long de la ligne droite, à la fois pour pouvoir intervenir sur le circuit en cas d’accident, mais également pour permettre aux agriculteurs d’accéder à leurs champs le reste de l’année. Les derniers vestiges ont été détruits en février 2011 par les services départementaux à la demande de la municipalité de Gueux.
  3. Anna Augustine Lucille Itier, s’était mariée trop tôt et trop mal avec un écossais, Mr Rose, dont elle voulu oublier l’existence en devenant pilote d’avion puis de courses automobiles. Grand bien lui en a pris, elle fit carrière jusqu’en 1953, et fait toujours référence dans le monde de l’automobile.
  4. Femme qualifiée de rapide dans la vie comme en amour, Hellé Nice vivait à … 100 à l’heure. Un accident de ski mit fin à sa carrière de danseuse et elle devint pilote professionnelle jusqu’en 1949, quand le célèbre Louis Chiron l’accusa publiquement, et assurément à tort, d’avoir été un agent de la Gestapo. Lâchée aussitôt par ses sponsors et ses amis, elle sombra dans la misère. Elle est décédée sans un sou, dans un taudis, en 1984 à … Nice. Grâce aux travaux de Miranda Seymour et son ouvrage Bugatti Queen, la belle Hélène au béret blanc et au foulard rouge fut enfin blanchie et honorée en 2010. Une plaque commémorative est apposée auprès de sa pierre tombale à Ste Mesme (78), son village natal.

PlaqueHellé

virageThillois1932_Aérien

– Edité le 22 Août 2013

Videos coup de coeur

Petit tour du Circuit de Gueux

Archives

Catégories