Le Circuit de Gueux, autrement #7


#7 – La fin des Années folles 
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Le krach de Wall Street à New York en octobre 1929 mettra définitivement fin aux insouciantes années folles nées en 1920. Paris et sa culture de l’élite ont déjà ressenti un sérieuse récession dès la fin de 1928 alors que s’affirme une nouvelle culture populaire qui va finir par s’imposer en France. Le sport de masse prend une large place dans ce nouveau mode de vie et déplace les foules. Bien que réservée à une certaine classe, la compétition automobile attire et fait rêver : au volant d’une voiture tous les hommes se sentent égaux.

ProjetContourn.La nouvelle municipalité de Jules Couet accueille donc le 5ème Grand prix de la Marne sur ses terres en juillet 1929, non sans rechigner (1) et remettre sur le tapis un projet de contournement de Gueux dont il a déjà été question les années précédentes. En temps de vaches maigres, il lui faut apprendre à faire contre mauvaise fortune bon coeur, en reconnaissant que cet évènement d’ampleur internationale, ses retombées économiques et médiatiques peuvent bien justifier quelques dérangements un jour ou deux dans l’année. Mais l’idée fait son chemin.

Grâce au succès de l’an passé (plus de 40 000 visiteurs), les organisateurs avaient pu poursuivre leurs travaux d’aménagement et en particulier l’installation de loges entre la tribune couverte et la piste, tout en ménageant un espace pesage. Des enceintes sont aménagées Logo_Essoaux trois virages pour recevoir un public de plus en plus nombreux (on parle de 50 000 personnes). Les deux gradins aux assises en béton le long de la rampe de départ ont peut-être été construits aussi cette année là. Les annonceurs se faisant de plus en plus nombreux, on profite de nouveaux espaces pour y glisser de la publicité. C’en est fini de l’exclusivité du carburant Aéro, certains constructeurs dont Bugatti ont fait le choix d’utiliser Esso (2).

1929_Depart1929_MLDerancourtLe départ de 1929 est donné en épi, les pilotes étant au volant. Trois femmes sont engagées, Violette Moriss, Lucie Schell (forfait), et Marie Léonie Derancourt, toutes trois déjà habituées au circuit. Cette dernière place sa Bugatti 35 à la 5ème place sur les 6 engagés de la catégorie 2 litres. Seulement 24 concurrents étaient au départ, mais la foule ravie a retenu que son champion Philippe Etancelin a terminé premier et a porté le record du tour à plus de 142km/h.

L’année se termine en septembre avec la course cycliste du 11ème circuit de Champagne remporté par le belge Louis Delannoy.

La région connait aussi une autre effervescence : les footballeurs de la SSPP (3) intègrent en 1929 le plus haut niveau de la ligue du Nord-Est. Ils arriveront même à battre leurs rivaux de toujours, le Sporting Club Rémois, attirant régulièrement 5000 personnes dans des installations modestes. Cela aboutira à la naissance du Stade de Reims et à l’érection d’un Stade Vélodrome quelques années plus tard. Une rude concurrence en perspective pour la SACR.

Mais revenons sur la piste : Nous voici déjà en 1930, et le WE du 28/29 juin est marqué par une série de manifestations exceptionnelles :

  • MissFrance1930Samedi 28 : Passage du Rallye automobile et motocycliste de Reims, avec 494 engagés et contrôle à l’arrivée place d’Erlon, devant le siège de l’Eclaireur de l’Est, bien évidemment.
  • Samedi 28 : Grand Concours d’Elégance à Reims avec 96 candidates dont la très jolie Miss France,Yvette Labrousse (4), présentant une Delage 8 cylindres
  • Dimanche 29 : Prix de Reims motocycliste et enfin le VIème GP de la Marne, filmé pour la première fois par la Paramount (5)

La foule est omniprésente, et les compteurs s’affolent. Certains annoncent 60 000 visiteurs à Gueux, d’autres 150 000 sur le Week end ! Fort heureusement de nouvelles infrastructures avaient été prévues, comme la construction de gradins à droite de la tribune couverte, et probablement ceux de la Courbe de Gueux. Côté sécurité, les lisses en béton alignées en face des stands ont fait place à des murets de paille et terre. Le petit chemin derrière les tribune est enfin aménagé en dur (D227) pour acheminer tous les véhicules des visiteurs jusqu’aux parkings.

On en serait presqu’à oublier que le vainqueur de l’épreuve reine fut René Dreyfus sur une Bugatti 35B, portant  le record du tour  à plus de 146 km/h.

à suivre : #8 Un bon coup d’accélérateur

  1. Le quart nord du village était isolé pendant les compétitions : les habitants devaient rester chez eux, le Café Thilgés, bien qu’étant aux premières loges au virage de Gueux restait inaccessible, la circulation des véhicules et du matériel agricoles étaient impossibles sur deux axes principaux du village …
  2. En 1902, la Standard Oil of New Jersey s’implante en France. C’est tout naturellement  que S.O devient ESSO un peu avant 1911.
  3. Société Sportive du Parc Pommery, club sportif de la maison de Champagne Pommery & Greno. Les joueurs portaient des maillots dorés et des shorts verts, rappelant les couleurs des bouteilles de champagne.
  4. Principalement connue sous le nom de Om Habibeh après avoir épousé l’Aga Kan III en 1944.
  5. De très nombreux reportages cinématographiques se sont tournés sur le mythique circuit de Gueux. En 1965, John Frankenheimer tourne Grand Prix, film mettant en scène le championnat de F1. Les dirigeants de la SACR lui interdisent de filmer à Gueux, et c’est finalement le magnifique Circuit de Charade, près de Clermont-Ferrand, qui offrira les images du GP de … Reims ! Ce film sort finalement en 1966, année du dernier GP de l’ACF couru à Gueux.

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– Edité le 30 juillet 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #6

#6 – Le grand départ (Retrouvez les autres articles ici )

1928-107-départ-gautjier Bugatti3544Plus de 30 000 spectateurs avaient assisté au 3ème GP de la Marne en 1927, la réputation du circuit de Gueux était faite et encourageait les efforts d’aménagement. L’engouement du public et des pilotes était tel que ce rassemblement s’est tout de suite affirmé comme étant une des compétitions automobiles les plus attendues du territoire national. Les pouvoir publics ne s’y sont pas trompés, les industriels non plus et en particulier les Grandes Maisons de champagne qui ont vu au travers de cet évènement de renommée internationale l’opportunité d’associer l’image du champagne à la victoire.

C’est tout cela qui fait dire qu’en 1928 fut donné le grand départ d’une formidable aventure qui facilita les progrès de l’automobile, l’application de techniques modernes de construction, de routes, le développement touristique de toute une région et la promotion de son produit phare. Un laboratoire, le Circuit de Gueux ? Evidemment !

Non terminée, mais inaugurée en grandes pompes en mai 1928 par le maire de Reims en personne, Paul Marchandeau (1),1928_2_ mai tribuneW la première tribune couverte du circuit (2) avait une capacité de 1200 places assises. Elle offrait un immense buffet sous les gradins avec vue sur la ligne droite avec cuisines et sanitaires à l’entre-sol.

Le constructeur, les Ciments Armés Demay Frères à Reims (3), se fit une belle publicité avec cette réalisation, modeste concurrente des monumentales halles de Reims mises à disposition du public en juin de la même année, et réalisées par la Sté du Limousin et Freyssinet. Le concept Eugène Freyssinet (voute mince) s’oppose au système René Demay (armatures de section rectangulaire, bien visibles sur les stands réalisés l’année précédente). Ces deux innovantes réalisations auront fait couler beaucoup de béton en 1928, et aussi beaucoup d’encre 80 ans après …

1928-116Tribune Cette tribune est érigée sur le terrain d’une ancienne briqueterie, terres incultes mais assez bien stabilisées pour servir de parking. Plusieurs centaines de chaises pliantes étaient installées sur les pesages devant la tribune. En face, le poste de chronométrage fut équipé de baies vitrées, et des gardes corps furent installés au dessus des stands. Les spectateurs y étaient davantage en sécurité. On parle de 40 000 visiteurs venus encourager la cinquantaine d’engagés du 4ème GP de la Marne sous le chaud soleil de juillet.

C’est certainement à cette époque que fut construite l’enceinte rapprochée des tribunes-parking VIP-pesages-pelouses, muret en béton armé surmonté d’un épais grillage, avec ses belles entrées façon pergola. A l’intérieur de cette enceinte toujours existante, auraient également été construites les premières buvettes en dur, et aménagées les premières places de stationnement VIP. Les voitures se seraient comptées par milliers, et l’accès aux différents parkings devenait donc très compliqué.
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1928_BuffetSsTribune ?L’épineux dénivelé de l’épingle de Thillois subit à nouveau quelques aménagements pour le confort des pilotes et aussi pour leur éviter de trop ralentir avant d’entrer sur la mythique ligne droite, gagnant ainsi de précieux dixièmes de seconde.

Deux femmes étaient engagées, Janine Jenneky et Lucy Schell (4).  Janine ne put se présenter au départ. La belle Lucy finit 6ème du Prix de la Ville de Reims.1928_Thillois_LucySchell

Herve Chandon de Briaille ne termina pas sa première participation à Gueux, et on ne le reverra plus. Y-at-il un rapport entre ce Chandon, comte et propriétaire exploitant, et la première et généreuse dotation en lots de bouteilles par les Maisons de Champagne ? Cela reste à démontrer. Il se disait néanmoins que d’un commun accord les bouteilles offertes seraient habillées d’étiquettes blanches, la profession voulant mettre en avant un produit, plutôt qu’une marque … cela ne dura pas bien longtemps !

Notre sympathique ami Pierre Bouchez était bien sûr de la partie. Il n’aura pu boucler deux tours, suite à un stupide accident. Ce fut sa dernière participation en course, mais ce passionné restera longtemps dans l’équipe des organisateurs, avant de retrouver son circuit dans des circonstances plus dramatiques.

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Et Chiron emporta l’édition 1928, bouclant les 50 tours de circuit à près de 133km/h. Phiphi Etancelin était dépité, vainqueur l’an passé et longtemps second derrière Louis Chiron avant de disparaitre du classement, il pensait voir s’envoler l’espoir de remporter déjà l’an prochain le grand Trophée de 3 victoires à Gueux(5).

à suivre : #7 – La fin des années folles

  1. Aussi DG de l’Eclaireur de l’Est et grand passionné d’automobile, député maire et également ministre sous la 4ème République.
  2. Aujourd’hui tribune Wimille, en hommage à ce grand pilote Français, prénommé Jean Pierre, décédé au volant de sa voiture lors d’essais en 1949 à Buenos aires.
  3. Entreprise crée à Reims la fin du XIXème par René Demay et ses frères aînés. Réalisation de réservoirs, silos, cuves verrées, tant en France qu’à l’étranger, ainsi que de nombreuses constructions industrielles (Usines, Moulins, Filatures, Brasseries …). René DEMAY avait participé à la fondation de la chambre syndicale des constructeurs en ciment armé.
  4. Née Lucy O’Reilly, fille d’un multi millionnaire américain d’origine irlandaise.
  5. Vainqueur en 1927, il gagnera  en 1929 et finit par obtenir ce beau Trophée en 1933.

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Le Circuit de Gueux, autrement #5

#5 – Construire en dur (Retrouvez les autres articles ici )

PT1927-105-Tribune  BignanAvant tout, la piste fut élargie sur une cinquantaine de mètres, là où se trouvaient les stands en bois installés pour les courses de 1926. En effet, l’impossibilité de faire un départ en épi aux premières 12 heures était restée en travers de la gorge des organisateurs. La sortie des stands après ravitaillement n’offrait pas non plus toutes les conditions de sécurité exigées. Il était important de remédier à cela. Une ligne de 10 stands en béton de 4m sur 3m a donc été construite en retrait de la route (1). Un solide poste de chronométrage avec étage, en béton également, a été placé à l’aval de l’alignement de ces stands, en face de l’ancien «perchoir» de 1926, et en préservant un espace carburant Aéro (2).
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Des poteaux et lisses en béton fraichement peints en blanc ont remplacé les barrières en bois et quelques constructions en planches prolongent les installations en dur. Un panneau d’affichage fixe est installé sur la terrasse des nouveaux stands où d’audacieux spectateurs se sont installés pour assister au III ème GP de la Marne. Nous sommes au mois de juillet 1927.

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Pub’ devant la gare de Reims

Une vaste tribune officielle démontable avait aussi été installée en face de la ligne des stands. C’est évidemment noir de monde. Ce public, qui avait été sollicité par une solide campagne publicitaire s’était principalement donné rendez-vous dans les pesages ou sur les pelouses (3). On en trouvait en face des stands, mais aussi à Gueux, à la Garenne et à Thillois, où les organisateurs avaient judicieusement installé de bonnes buvettes bâchées … et des postes de secours, bâchés eux aussi !

L’épingle de Thillois avait été légèrement arrondie pour améliorer les performances des pilotes. Ceux-ci feront remarquer que le tronçon entre Gueux et la Garenne est encore très accidenté. Les spectateurs de la Garenne, quant à eux, regretteront de perdre de vue les voitures un bref instant dans la cuvette en bas de Gueux. Alors oui, c’est décidé, cette portion de route sera rapidement refaite.

Déjà en 1926, les contrôles techniques avaient eu lieu à Reims, place d’Erlon, au siège de l’Eclaireur de l’Est … les pilotes y emmenaient leurs engins par la route. Quel spectacle dans les rues de Reims ! Cette originale manifestation fut renouvelée en 1927 et ce fut ainsi encore pendant de très longues années.

Les ravitaillements étaient spectaculaires : les mécanos allaient chercher l’essence dans des bidons chez AERO et remplissaient au seau les réservoirs des autos avec un gros entonnoir.

Violette Morris

Violette M.

Cette année fut également marquée par la présence de deux femmes pilotes, Violette Morris sur une BNC 527 (4) et Marie-Léonie Derancourt sur une Salmson (4). Son fils Albert, alors âgé de 12 ans, fit même une démonstration de ses talents de pilote (5).

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Albert Derancourt

Marie-Léonie ne termina pas la course, mais Violette, que l’on appelait encore La Moriss se classa 7ème de sa catégorie. Cette rude concurrente jouira plus tard d’une bien mauvaise réputation. J’y reviendrai.

Et notre ami Pierre Bouchez ?  Il termina sa course en 3ème position de sa série sur sa Georges Irat 2l… fidèle à son circuit, en attendant la suite.

Parce que suite il va y avoir, et de quelle manière… Le rendez vous est pris pour juillet 1928, avec la promesse de voir un circuit à l’image de ce qu’avait déjà tracé et dessiné Marcel Blanc en 1927 avec le pilotage avisé de … Toto, bien certainement.

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Notez enfin que cette saison 1927 s’est terminée avec l’organisation de la première course sur route du Grand prix de Reims cycliste, au début de septembre, qui vit le triomphe de Marcel Duc. La polyvalence sportive du circuit de Reims-Gueux était reconnue.

à suivre : #6 Le grand départ

  1. 10 stands en béton sont construits en 1927, dont 5 seulement subsistent, en aval de la terrasse de la tour dite des restaurants
  2. l’essence Aero, la meilleure de France, était un sponsor de la première heure avec son distributeur Société Champenoise des Carburants, de Reims
  3. les pesages sont les endroits ou on peut voir les concurrents de près, les pelouses sont des espaces enherbés coupés ras pour recevoir du public
  4. les BNC étaient des voitures voiture françaises : Bollack & Netter Compagnie
  5. d’abord fabricant français de Pompes en 1890, puis constructeur d’avions et de voitures, la compagnie Salmson est aujourd’hui revenue à ses premiers amours : la conception et la fabrication de systèmes de pompages
  6. à 7 ans, Albert Derancourt fonçait à plus de 130 km/h sur l’autodrome de Montlhéry et à 8ans il donnait  des cours de conduite.

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– Edité le 21 juin 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #4

#4 – Premiers rassemblements  (Retrouvez les autres articles ici )

Clairement, le fier Toto “la grande gueule”  ne devait pas en mener large lorsque fut donné le premier départ en plein milieu des champs du tout nouveau Circuit de Gueux, le 25 juillet 1926, à 9H00 très précises. Les motos ouvraient le ban, puis viendrait le tour des voitures. La première machine à fanchir la ligne d’arrivée du circuit de Gueux fut une moto Alcyon de 175 cm3 pilotée par Marcel Jolly (82 km/h de moyenne) devant celle de Lucien Demasson.

MarcelJolly Version 2 - Version 3

Jolly-Demasson à ?

A 14H00, Pierre Bouchez, dont nous avons déjà parlé et dont nous reparlerons encore, lançait sa Georges Irat 2 litres sports à l’assaut de la première rampe avant d’attaquer la longue courbe du Calvaire.  Sa “Voiture de l’élite” (1) l’abandonnait après quelques tours seulement.  Revanchard et déterminé, il savait qu’il serait prêt pour le départ des premières 12 heures de Reims … le mois suivant !

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Bouchez à la Garenne

Là, effectivement, il devait terminer 6ème, et 1er de sa catégorie, ayant quand même parcouru 824 km, soit 232 km de moins que le premier,  Gauthier  sur une Bignan 2 litres course.

Ainsi donc l’ACACA,  avait proposé cette même année 1926 deux grands rassemblements sur le tracé de Gueux. C’était une audace supplémentaire, mais sans doute indispensable pour marquer les esprits. Raymond Roche l’avait rêvé, ou plutôt avait assemblé dans ses rêves les images qu’il avait vues de Monthléry et de son autodrome, et du premier et spectaculaire départ en épi des concurrents des 24 heures du Mans de 1925. Il n’y avait pas de temps à perdre : Reims avait son circuit, il aurait un jour son Grand Prix de France et en attendant il avait déjà ses 12 heures.

Planté au milieu de la piste, Raymond imaginait déjà, d’un regard périphérique,la ligne des stands, avec beaucoup de stands,  de longues tribunes pour le public et la presse, et aussi une passerelle comme au Mans, et pourquoi pas un tunnel pour accéder facilement au paddock …. Oui, le circuit de Reims-Gueux allait devenir une référence internationale. Pari réussi, non ?

1926-111-Auber Bugatti371926_StandsMais en attendant le faste, il fallut faire profil bas : les premiers stands étaient en bois, tout comme le perchoir-poste de chronométrage. Le public, nombreux malgré le temps incertain, devait se contenter de rester derrière de modestes barrières en face des stands et en divers points du circuit. Les pilotes s’en donnaient à coeur joie dans les virages, notamment à la Bonne Rencontre ou la différence de niveau au raccordement des chaussées accentuait l’effet de survirage et leur permettait d’exprimer leur talent. Ils étaient plutôt satisfaits, mais auraient sans doute préféré un meilleur état des routes avec moins d’arbres et de poteaux en bord de piste. Cela leur demanderait encore un peu de patience !

Le bilan de ce premier rassemblement de juillet sur les terres de Gueux fut extrêmement positif, et le troisième Grand Prix de la Marne fut programmé pour juillet 1927. La SACR (2) fut créée en juillet 1926, chargée de faire l’acquisition de terrains, l’aménagement du Circuit et de ses infrastructure, et la promotion des évènements.

Malheureusement en Août 1926, la Coupe d’Or des 12 heures de Reims n’avait pas déplacé la foule et les organisateurs durent revoir leur copie. Etait-ce à cause du doublon avec la réunion de juillet, des heures de départ et arrivée (12h00 /0h00), ou encore des grandes vacances ?

Il fallut se résigner et abandonner l’idée des 12 heures… au moins pour de longues années, jusqu’en juillet 1953 pour vivre un nouveau rassemblement extraordinaire à Gueux : les 12 heures Internationales de Reims, suivies du 40 ème Grand Prix de l’Automobile Club de France , le tout dans le même Week-end.

à suivre : #5 – Construire en dur

  1. C’est ainsi qu’on appelait les “Georges Irat”
  2. SACR : Société Anonyme des Circuits de Reims

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Edité le 3 juin 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #3

#3 – Des chemins et des hommes  (Retrouvez les autres articles ici ) 

Dans Petit essai sur la topologie de Gueux, qui paraîtra bien un jour sur pastouch.fr, j’émets quelques hypothèses sur la naissance du village grâce à la croisée des chemins :

“A un point d’eau, je m’arrête, à un croisement je rencontre ;  alors je raconte, j’échange et enfin je m’installe …”

HistoCircuitCheminsLe premier Circuit de Gueux a pour origine des chemins tracés par l’homme, à des époques très différentes et pour des raisons bien précises. Pour illustrer mes propos, j’ai épuré et un peu retravaillé une copie du cadastre Napoléon de 1836 avec ses chemins , berceau du circuit.

En bleu : Juan Emmanuel Fangio, talonné en juillet 1958 dans la dernière ligne droite de sa carrière par celui qui allait gagner l’épreuve du Grand Prix de France et qui refusait par respect, de prendre un tour à cet homme là (1), savait qu’il ne ramènerait plus de titre de Gueux. Dix ans plus tôt, Fangio entamait sa carrière européenne ici même, avec 4 abandons successifs avant d’accrocher la première de ses trois couronnes champenoises sur cette même ligne droite où était passé Henri II, quatre siècles auparavant. Le roi Henri II allait chercher lui aussi son sacre, mais à la cathédrale de Reims, après avoir fait un très bref passage à Gueux.

Cette fameuse ligne droite était à l’origine le tronçon d’un chemin reliant Reims à Gueux puis Rosnay ou Lhéry. Au bout de la ligne droite, une petite rampe (2) masquait une longue courbe (3) qui devait son nom à un Calvaire appelé Croix-Rouge et toujours visible à l’entrée du village.

Au coeur du village, il fallait prendre le fameux virage de Gueux, à l’équerre, où un mur extérieur présentait encore, il y a peu de temps, les stigmates de sorties un peu larges (Photo ci-contre, belle cicatrice sous “Henri”).ExtFamilo

En blanc : le chemin de Gueux à Compensé, lieu dit où se trouvait un ingénieux moulin à eau pour moudre le grain des paysans des environs. Ce chemin fut ensuite aménagé en route à la fin du XIXème siècle et au début du XXème pour faciliter l’accès à une toute nouvelle gare de chemin de fer construite sur ce chemin de Compensé, à 3 km de Gueux.

Ce segment du circuit commence par une légère montée puis plonge vers une cuvette (4). A la sortie de la cuvette, une rampe se raccordait à une portion horizontale avant le virage de la Garenne (5).

En rouge : la route de Paris à Reims, qui fut empruntée notamment par les troupes Napoléoniennes pour la reconquête de Reims du 13 mars 1814. Ce fut la dernière grande victoire de l’Empereur. Au Vème Siècle, Clovis l’aurait empruntée avec une partie de son escorte pour se rendre à Soissons.

Légèrement ascendante après la Garenne, la route plongeait sur quelques centaines de mètres (6) avant un nouveau palier qui menait à l’épingle de Thillois (7), encore appelée virage de la Bonne Rencontre, auberge rendue célèbre grâce au Circuit puis au talent de ses Chefs, et rebaptisée Auberge de la Garenne dans les années 60 …  d’où une légitime confusion avec le virage du même nom !

En bas à droite de l’image, la petite route qui permettra aux spectateurs de se rendre en bord de piste. Ce chemin permettait aussi de rejoindre Reims, par le Sud.

Enfin, en noir, et pour s’y retrouver un peu : le dernier tronçon du circuit tracé en 1952, au milieu des champs. Nous y reviendrons prochainement !

Embarquement immédiat : un tour de ce circuit historique en vidéo

A suivre : #4 – Premiers rassemblements

  1. Le vainqueur fut Mike Hawthorn
  2. Cette bosse sera abaissée pour des raisons de sécurité
  3. La courbe du Calvaire
  4. Cette cuvette sera rapidement comblée
  5. Espace peuplé d’une grande quantité de lapins
  6. La descente de la Garenne, théâtre de nombreux records de vitesse
  7. Epingle aménagée plusieurs fois par la suite pour faire de Gueux le circuit le plus rapide du monde

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– Edité le 21 mai 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #2

#2 – Etat des lieux  (Retrouvez les autres articles ici )

Sept25Presqu’entièrement détruit lors des ultimes assauts allemands de la Seconde Bataille de la Marne (1) en Juillet 1918, le village avait fort à faire pour se redresser. Ses belles villas avaient disparu, mais il y restait dans le coeur de chaque habitant une farouche volonté de tout rebâtir et d’oublier bien vite les sinistres années passées. Il fallait aussi rendre hommage aux disparus pour la Patrie en dressant un monument aux morts, comme le firent des milliers d’autres communes en France. Ce devoir de mémoire eut lieu le 20 Septembre 1925. Le maire nouvellement élu, Charles Compagne et son prédécesseur Jules Couet (2) unirent leurs efforts pour d’accueillir toutes les personnalités et les nombreux invités.

Serait-en en empruntant la belle ligne droite entre l’auberge de la Bonne Rencontre (3) et Gueux que l’idée d’un possible circuit vit le jour dans la tête d’une sommité présente et proche de Toto Roche, sinon dans celle de Toto lui même ? Toujours est-il que 10 mois plus tard un certain monsieur Augé allait libérer les 45 concurrents engagés dans la course des voitures du deuxième Grand Prix de la Marne.

VirThillois26jpgLe circuit aurait donc la forme d’un triangle dont deux côtés avaient déjà été aménagés pour la circulation : la route nationale était parfaite. Il faudrait redessiner un virage en épingle à Thillois, sans toucher à la petite maison (4) placée à l’intérieur, pour permettre aux voitures de tourner plus facilement et de s’engager sur la ligne droite. Celle-ci était déjà goudronnée (5) jusqu’à Gueux.

VirThilgesAu café Thilges (6),  un étonnant virage à droite à 90 degrés raménerait les concurrents vers Muizon.
Le chemin entre Gueux et Muizon avait été récemment renforcé en pierres concassées et n’était pas entièrement recouvert de goudron. Il était de largeur inégale et d’un profil transversal très bombé. Il rejoignait la nationale par une petite côte puis un court segment horizontal avant un autre virage à droite à 90 degrés, dit virage de la Garenne. Là, il aurait bien fallu abattre rapidement un arbre placé à l’intérieur du virage et jugé dangereux. Ensuite tout irait bien jusqu’à l’épingle de Thillois.

Finalement le circuit développerait 7826 m.

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L’accueil de visiteurs serait facilité par une petite route passant par les hauteurs derrière Thillois . Elle ferait grandement l’affaire sans engager de lourds travaux.

Les communes de Gueux, Muizon et Thillois étaient favorables au projet, et les partenaires de la première édition du 1er Grand Prix de la Marne seraient encore présents … Tous les ingrédients étaient rassemblés pour que l’évènement soit à la hauteur des ambitions des organisateurs.

Alors, on retrousse nos manches et on se met au boulot, Toto ?

A suivre : #3 – Des chemins et des hommes

  1. Gueux s’est vu décerner la Croix de Guerre pour citation à l’Ordre de l’armée le 30 mai 1921
  2. Jules Couet et Charles Compagne se sont relayés 4 fois de suite à la tête de la municipalité entre 1912 et 1940
  3. Aujourd’hui Auberge de la Garenne
  4. Cette petite maison a été démontée en 1938 avant d’être reconstruite dans le paddock derrière les stands. C’est incontestablement le plus vieux bâtiment du circuit, qui fut le théâtre d’évènements historiques précieux. Malheureusement elle a été détruite par une incompréhensible décision de la municipalité en mars 2012.
  5. Le goudronnage des routes est pratiqué pour se protéger de la poussière soulevée par les voitures. Ce n’est qu’un simple dépôt d’un produit noir et visqueux, le goudron de houille.
  6. Aujourd’hui cet immeuble abrite le Cabinet médical. Le virage prit successivement le nom de Virage de Gueux, puis du Familo

 

 

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-Edité le 11 mai 2013

Le Circuit de Gueux, autrement #1

#1 – A l’origine (Retrouvez les autres articles ici )

A la fin du XIXème siècle, dans le monde entier, les constructeurs d’automobiles se comptaient sur les doigts d’une main. Ils étaient des centaines à la veille de la Première Guerre Mondiale. De nombreux raids se sont organisés, de ville à ville, puis, par mesure de sécurité les circuits où toute circulation est interdite pendant les épreuves ont été créés. Le premier circuit français ainsi tracé fut celui du Mans en 1906, de forme à peu près triangulaire et développant … 103 km !

Raymond Roche est né le 25 novembre 1892. Il a grandi en même temps que se développait l’automobile en France. Il a tenu son premier volant en 1910 et participe deux ans plus tard à son premier Rallye, sur une SCAR fabriquée à Witry les Reims.SCAR

Ce passionné observe avec la plus grande attention la création du circuit de Montlhéry en 1924, avec son ovale et son circuit routier de 12,5 km, sur lequel sera couru le Grand Prix de l’Automobile Club de France l’été suivant. L’ambitieux Raymond, Toto pour ses amis, décide alors de créer un circuit à Reims, déjà berceau de l’aviation mondiale depuis 1909. Il dessine un parcours de 22 km à l’est de Reims et prétend organiser le Premier Grand Prix de la Marne en Août 1925. Il reçoit le soutien de l’Automobile Club des Ardennes (ACA) dont il est le président, de l’Union Motocycliste de la Marne, de l’Eclaireur de l’Est, ancêtre du journal l’Union, et de la ville de Reims dont le maire Paul Marchandeau avait succédé à l’industriel Charles … Roche en 1925 !

Evidemment Toto y participe, sur Amilcar 1100 Sport, ainsi qu’un certain Pierre Bouchez sur Chenard et Walker 3L et dont nous reparlerons.

C’est un succès sportif, mais le parcours est jugé trop long et les spectateurs se lassent entre deux tours. Des tensions secouent l’ACA dont une partie des membres fonde l’ACC (Automobile Club de Champagne), tandis que l’autre crée l’ACACA, Automobile Club des Ardennes, Champagne, Argonne.

Cette dernière équipe trouve un parcours plus adapté, juste aux portes de Reims en direction de Paris, de forme triangulaire et d’un développé de 8 km environ. Ainsi est né le Circuit de Gueux qui accueillera le Second Grand Prix de la Marne le 25 Juillet 1926.

A suivre : #2 – Etat des lieux


1926-115-Thillois A verif

-Edité le 28 avril 2013

Le Raid Bâle-Paris, à Gueux

Gueux, le 19 Août 2013 :

BaleParisLe Raid Suisse-Paris 23ème édition partira de Bâle Jeudi 22 Août 2013 pour rejoindre Nancy. Après un petit tour en Belgique, il fera étape à Reims le Vendredi 23. Puis le dernier départ sera donné sur le Circuit de Gueux Samedi matin et les participants rejoindront le Château de Chantilly.

C’est la seule manifestation automobile d’Oldtimers* dont le point de chute est Paris, berceau de l’histoire automobile européenne ! Lire la suite

40 ans de la Carrera 2.7 RS à Gueux


Gueux, le 4 mai 2013 :Stands4Mai2013

Ferdinand Porsche a développé la toute première … Porsche, une Lohner-Porsche au tout début du XXème siècle. C’était une auto hybride, essence-électrique abandonnée parce que jugée … sans avenir !

Il aura fallu attendre un siècle pour que la marque au blason gueule et or se lance dans une nouvelle aventure du genre !

Porsche et Gueux, c’est une longue histoire d’amour et de souffrance. Je ne peux effacer de ma mémoire l’épave de sa Porsche Spider, en haut du Cours Robin, là où Annie Bousquet perdit la vie en juillet 56.ABousquet 
J’ai une pensée pour toi, Annie, comme peut-être l’ont eue aujourd’hui les 200 et plus participants porschistes du meeting international donné sur la ligne des stands pour le quarantième anniversaire de la Porsche Carrera 2.7 RS,  avec le concours des Amis du Circuit de Gueux.

Ce fut une très belle réussite, ce samedi 4 mai 2013. Les fonds recueillis serviront à la rénovation des bâtiments, entreprise par les bénévoles de l’assoc’ des Amis du Circuit, pour que ce lieu de légende et de mémoire ne disparaisse pas.

Photos PA

Paddock4Mai2013

 

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Petit tour du Circuit de Gueux

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