Chefs d’Oeuvres en péril ?

Gueux, le 22 février 2017 :

Eglise St Remi d’Aougny

Depuis la loi de séparation de l’Eglise et de l’État, en 1905, ce sont les communes qui doivent prendre en charge les édifices religieux construits avant cette date. Si de plus en plus de conseils municipaux jugent leurs églises coûteuses, celui de Gueux a toujours fait le choix d’entretenir au mieux son édifice religieux. Certains des derniers travaux ne s’imposaient peut-être pas, et d’autres auraient pu être réalisés avec tout ou partie d’une main d’oeuvre paroissiale, mais il en a été décidé autrement. Il y a pire !

Dans d’autres régions de France, des associations se battent pour éviter la destruction de leur église. La baisse de la pratique religieuse met indirectement en péril ces édifices qui restent fermés parfois pendant des années. Fort heureusement les Français tiennent généralement à ces bâtiments qui pour la plupart ont un lien étroit avec leur histoire, y compris pour les non-pratiquants : Je ne suis pas catholique, mais j’ai quitté Paris pour retrouver une vie qui ait du sens. Ici, les cloches rythment la vie. Les habitants sont tous enterrés autour de l’église. Si on détruit l’église, c’est tout ceci qu’on laisse mourir, écrit une habitante d’un petit village des Côtes d’Armor dans le Chez Nous local.

ND de la Nativité de Chatillon/Marne

Nommé Délégué au Patrimoine Religieux pour la paroisse entre Vesle et Ardre par le Diocèse de Reims, j’ai à coeur de découvrir, avant de la mener à bien, ma mission d’inventaire des églises de EVA. Pour cela je participe régulièrement et bénévolement à des journées de formation. Je découvre à chaque fois les richesses d’une dizaine d’églises et j’enregistre attentivement les remarques et les attentes des uns et des autres. Nous avons la chance, dans notre Diocèse d’avoir l’Abbé Jean François Pinard, responsable de la Commission Diocésaine d’Art Sacré, dépendant de la DRAC Champagne Ardennes. Jean François Pinard s’appuie sur les compétences solides d’experts qui acceptent volontiers de transmettre leurs connaissances aux petits nouveaux dont je fais partie.

Ces enrichissantes parce que détaillées visites dévoilent parfois des bâtiments, des objets de cultes, des statues etc…à la limite de l’abandon. Ce n’est pas le cas dans nos paroisses. L’ancienne Communauté de Communes voisine, avait courageusement pris les compétences de l’entretien du patrimoine religieux. Plusieurs de ses églises de caractère ont été entièrement restaurées, mais le passage au Grand Reims  a mis fin à ce programme qui avait également la vocation de s’associer au développement du tourisme.

Statue du XIVème abandonnée

Aujourd’hui les prêtres et les fidèles ont pris l’habitude de changer régulièrement d’église et n’ont donc plus forcément l’attachement que leurs parents avaient pour celle de leur village. Tout le monde préfère l’option du confort quand il y a le choix. Notre Curé dessert 21 clochers, il lui est donc impossible d’avoir un oeil sur tout. Ma mission est de lui prêter les miens. Une rude bataille est engagée, et par la persévérance,  laïcs ou non, nous pouvons nous unir pour préserver un patrimoine qui vient parfois de bien loin, et le transmettre aux jeunes générations qui semblent fortement intéressées.

Les grands saints évangélisateurs étaient soucieux de la dignité des églises, écrivait Monseigneur Podvin. Les enfants de nos villages prendront-ils le relais ?