Coup de coeur : une pensée pour Annie

Gueux, le 30 juin 2016 :

ABousquetIl y a 60 ans aujourd’hui disparaissait Annie Bousquet dans un effroyable accident au cours des 12 heures de Reims. Le virage où elle a fait une sortie de route fatale porte aujourd’hui le nom de Virage 3B (Bousquet, Beltoise, Bellot) juste en haut du bras mort de l’ancien Circuit de Gueux.

ABousquetElle devait partager le volant d’une Porsche 550 Spyder avec l’américaine Isabel Haskell. Malgré un état de fatigue avancé, Annie avait tenu à débuter la course … jusqu’au 17ème tour qui lui fut fatal.

Ses proches disaient qu’elle n’avait pas dormi correctement pendant 2 nuits, ayant fait l’aller et retour de Reims à l’atelier Porsche de Zuffenhausen, près de Stuttgart, pour d’ultimes modifications. Elle était revenue juste à temps pour la séance d’essais. A l’époque il n’y avait pas d’autoroute en France.

Née à Vienne en 1921 ou 1923 (selon les sources !),  Ann Schaffer se marie avec le pilote français Pierre Bousquet. Elle fait quelques incursions dans le sport automobile dès 1952, puis se fait remarquer en rallye et sur circuit. On la voit au volant d’une Fiat 1100, d’une 4CV puis d’une Panhard à bord de laquelle elle connait un grave accident en 1954.

Cela ne l’empêche pas de poursuivre sa carrière et de grimper dans la hiérarchie des pilotes. Souvent en équipe avec la belge Gilberte Thirion elle se met particulièrement en avant dans les courses d’endurance. Avec Marie-Claire Beaulieu, elle termine même 8ème du Tour de France.

Son mari meurt dans un accident de circulation au tout début de janvier 1956. Durement touchée, Annie prend un peu de recul avec la compétition. Au cours du printemps, elle reprend sa carrière en participant aux Mille Miglia en Italie avec une Triumph TR2. Elle termine à la 95e place. Puis elle s’engage pour les 1000 Km de Paris sur une Maserati 150 S avec Alejandro de Tomaso, elle ne termine pas la course.

Annie Bousquet Juin1956Enfin elle aborde en juin les 12 heures de Reims, sa première compétition majeure de l’année. Ce fut malheureusement la dernière. A près de 170 Km/h son bolide mord le bas côté gauche de la piste et part en tonneaux. Annie est éjectée à une quinzaine de mètres de sa voiture. Elle saigne abondamment du cuir chevelu. Transportée en urgence au CHU de Reims, elle succombe à ses blessures.

Annie a laissé une petite fille orpheline dont je n’ai plus jamais entendu parler. Suite à ce drame, les femmes ont été exclues des compétitions majeures en France jusqu’en 1971 pour leur sécurité.

Je l’ai déjà écrit, je ne peux pas effacer de ma mémoire d’enfant l’épave de la petite voiture bleue que mon oncle m’avait emmené voir sur sa moto en haut du Cours Robin. Il m’arrive parfois de m’arrêter un instant sur le bord de la route, tout comme je le ferai peut-être aujourd’hui, sans fleur, ni couronne, mais avec une profonde, sincère et légitime émotion.