Histoire de Gueux, par Aline

Histoire de Gueux, par Aline Bataille (2004) texte original, avec son aimable autorisation

CassiniSi au 19ème siècle, un ouvrage de toponymie mentionnait que l’installation de Goths sur notre territoire était à l’origine du nom de notre village, rien ne permet de l’affirmer. Les traces les plus anciennes de l’occupation humaine datent du Néolithique (premiers agriculteurs). Des vestiges des Ages du Bronze et du Fer ainsi que de l’époque romaine ont été retrouvés et les fouilles récentes du lotissement des « royats », ont mis au jour les éléments de fermes du Haut Moyen Age ; une église et un château avaient été édifiés au 12ème siècle, sans que pour toutes ces périodes et jusqu’à la Révolution, la densité de peuplement puisse être évaluée.

Gueux1838Nous pouvons remarquer sur le cadastre du début du 19ème siècle, dit cadastre Napoléon, que les habitations se présentent en deux groupes, l’un autour de l’église romane, dans l’ancien cimetière, l’autre, où se trouvait la mairie, le long de l’actuelle rue des Sablons jusqu’au château. Il existait aussi un écart : « La Hovette ». Le terroir était très morcelé et la terre devait nourrir la population, sans que l’on connaisse l’espace cultivé. Un moulin à vent, dont le meunier s’appelait Legrain, existait encore au 19ème siècle en limite de Gueux et de Vrigny. Il est à noter aussi, qu’à la Révolution, Gueux dépendait de deux bailliages, correspondant aux deux groupes d’habitats. Il existe donc de nombreuses zones d’ombre concernant l’histoire du site. Les premiers seigneurs furent les archevêques de Reims, puis les comtes de Champagne. Ce serait par une Charte du début du 13ème siècle que la terre de Gueux aurait été affranchie par Beaudoin de Vandières, dit Beaudoin de Reims. Après les de Vandières, parmi les seigneurs de Gueux, nous pouvons citer les Cauchon, Féret de Montlaurent, de Miremont, Oudan de Montmarson, de Failly, Le Bourgeois d’Augé… Selon la tradition locale, les rois de France qui venaient se faire sacrer à Reims séjournaient au château, en réalité, après avoir soupé et passé la nuit à Fismes, avant l’arrivée à Reims, ils s’arrêtaient le lendemain à Gueux en milieu de journée pour dîner (déjeuner).

Quant à Jeanne d’Arc, elle n’y est certainement pas venue lors du sacre de Charles VII, car arrivant de Sept-Saulx , le cortège royal est entré dans la ville des sacres par la porte Dieu-Lumière et est ressorti par la Porte Mars. Jeanne est restée peu de temps à Reims mais obtint de Charles VII qu’il exemptât d’impôts ses villages de Donrémy et de GREUX, tous deux dans la Meuse, d’où la confusion. Nous ne possédons pas beaucoup d’informations sur les trois siècles précédant la Révolution. En 1788, le village comptait 353 habitants. La seigneurie de Gueux était partagée entre plusieurs familles. Le cahier de doléances de 1789 indique que les usages et biens communaux sont sources de procès avec les seigneurs du lieu et ses signataires demandent que la justice soit rendue sans frais aux habitants. Ensuite le château est confisqué, démantelé et vendu comme Bien national en janvier 1798. Cependant les seigneurs n’ont pas été guillotinés. Ce qui subsistait des bâtiments est adjugé 61 400 livres au « sieur Meunier », Jacques-Louis Meunier devint, plus tard, Maire de notre commune. Lors de la bataille de Reims, en 1814, dernière grande victoire de Napoléon, des troupes russes stationnèrent à Gueux. Le village prend un certain essor dans la seconde partie du 19ème siècle.

IVHA_6_Chateau_AEn 1856, Eugène Roederer, dirigeant d’une grande maison de champagne rémoise achète le château, en mauvais état, à la famille Meunier. Désirant habiter une demeure plus confortable et plus au goût de l’époque, Eugène Roederer et son épouse née Boisseau, font construire dans le parc qu’ils aménagent un bâtiment de style néo-renaissance, qui sera incendié en 1918 et qui ne fut pas remonté. Maire de Gueux de 1857 à 1876, Eugène Roederer contribue au changement du village, son épouse offre à la commune une gendarmerie, une mairie, des écoles. On assiste à la démolition de l’église romane, jugée trop petite, remplacée par une autre plus vaste de style néo-gothique, donnée elle aussi par Madame Roederer, cette église a été détruite en 1918 ; c’est sur le même emplacement que fut construite l’actuelle. Le grand espace vide entre le château et le lac se couvre de maisons et, un peu partout, de belles propriétés sont édifiées. Gueux est alors un village prospère fréquenté par des familles rémoises fortunées, qui emploient pour l’entretien de leur résidence, souvent secondaire, une main-d’œuvre locale. La guerre de 1870 ne fait pas trop de dégâts, mais la commune doit verser aux vainqueurs une contribution pour frais de guerre. Plusieurs cafés, dont deux avec hôtel accueillant confortablement les voyageurs, sont des lieux de rencontre pour les hommes, qui y jouent aux cartes le dimanche après-midi. Au début du 20ème siècle, le vignoble de Gueux, plusieurs dizaines d’hectares, est, comme tant d’autres, détruit presque entièrement par le phylloxera. La séparation de l’Eglise et de l’Etat marque les esprits et des polémiques se produisent entre les partisans des différents courants d’idées. L’école catholique pour les filles tenue par des religieuses est fermée. En 1906, 556 habitants sont dénombrés.

Gueux_les_écolesLors du premier conflit mondial tout bascule. Proche du front depuis 1914, servant de base de repos et d’Ambulance, laquelle avait été aménagée dans le parc du château, Gueux est évacué en 1918 et détruit presque complètement au cours des violents combats pour la prise de la côte 240 (tour des télécommunications de Vrigny), l’armée française résistera victorieusement aux assauts de l’ennemi, mais les villages des alentours auront beaucoup souffert. A leur retour, dès l’armistice, les habitants sont logés dans des bâtiments provisoires, remplacés petit à petit par les maisons qui existent encore actuellement. C’est par l’église que se terminera la reconstruction en 1934. Les premières compétitions automobiles, sur le Circuit, dont le succès ne feraCircuit_de_Gueux que grandir, se déroulent en 1926. En 1940, les habitants, encore une fois, doivent quitter leurs maisons et, si les constructions n’ont pas subi beaucoup de dommages, les années d’occupation furent difficiles, un réseau de Résistance est organisé à Gueux et aux alentours ; fin 1943, la Gestapo arrête six résistants qui sont déportés en Allemagne, deux seulement en sont revenus. Gueux fut libéré par les Alliés le 29 août 1944, malgré les privations qui durèrent encore quelques années, l’après guerre prépara une période de changement. Au cours des années 1950, sous l’impulsion de Jean Taittinger, Maire, notre village se transforma. Des organismes logeurs ayant facilité l’accès à la propriété, de nouvelles constructions voient le jour. Depuis le village n’a pas cessé de se modifier. Plusieurs lotissements communaux encouragent l’arrivée de nouveaux habitants

La terre n’est plus le moyen de subsistance de la population, dont la majorité travaille à l’extérieur. Il n’existe plus que deux fermes, cependant des terres plantées en vignes au début du siècle ayant conservé leur appellation Champagne sont replantées, une dizaine de viticulteurs ont ainsi reconstitué le vignoble et certains commercialisent leur production. La plus grande partie des commerces traditionnels a disparu ; ces dernières années, la commune a initié une zone artisanale qui a généré des activités nouvelles, après avoir permis aux artisans locaux de s’y installer et ainsi de rester au pays. En ce qui concerne la santé, le cabinet médical a remplacé l’officier de santé du 19ème siècle et un cabinet para médical dispense ses soins, une pharmacie a été créée et un dentiste est installé à demeure. En raison du cadre de vie exceptionnel dont notre village bénéficie, nous pouvons dire qu’il y fait bon vivre.

Sept.1998.DHourlier

-Edité le 19 juillet 2013