J’ai croisé … Albert Rousseau

Gueux, le 22 juin 2016 :

Albert RousseauLe second volet de cette série (Voir Ici) est dédié à Albert Rousseau, qu’évidemment je n’ai pu croiser que par la pensée, puisque j’ai eu le plaisir d’accompagner aujourd’hui ses descendants sur les lieux de son passage à Gueux lors des derniers combats de 1918.

Catherine, sa petite fille accompagnée de son époux Patrice ont fait spécialement le voyage depuis la Suisse, pour péleriner, et le mot n’est  pas trop fort, sur les chemins inondés et boueux qu’avait parcourus leur aïeul il y aura bientôt un siècle.

Patrice et Catherine m’ont découvert sur la Toile, et sollicité pour leur permettre de rendre cet hommage particulier à un de nos nombreux héros méconnus de la Grande Guerre. Ce devoir de mémoire est totalement dans l’esprit de Villages, Hier &Aujourd’hui, alors en route !

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Boue, eau et belle végétation

La rando-promenade nous a d’abord emmenés sur les hauteurs de Gueux-Vrigny où il a été possible de leur faire revivre par le discours différents épisodes de la Seconde Bataille de la Marne. Puis nous sommes allés jusqu’à la Côte 240, par des chemins où subsistent encore quelques trous d’obus, des trous d’hommes et des vestiges de tranchées.

Après quelques heures de crapahu au milieu d’une végétation dense qui fort heureusement reprend ses droits sur des chemins hier encore saccagés par des gens peu respectueux de la nature, nous sommes tranquillement redescendus sur Vrigny.

Au retour, les visages étaient marqués par la fatigue, le bonheur et aussi l’émotion.

Nous nous sommes promis de nous revoir, chez eux en Suisse, pour visiter entre autres choses la Halle de Patrice, où ce grand passionné d’histoire bichonne sa collection de véhicules de la Seconde Guerre Mondiale.

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Au bord d’un reste de tranchée

Albert Rousseau est donc né en janvier 1896, en Eure et Loir. Agriculteur, il s’est engagé volontaire en septembre 1914 et a été affecté au 125ème RI. Aussitôt confronté aux horreurs de la Guerre dans l’Aisne, il s’est retrouvé à Yprès, jusqu’au début de décembre 1914. Il a peut-être combattu dans les mêmes tranchées qui connurent, quelques jours plus tard, la trêve de Noël de 1914 décidée par les soldats des deux camps.

D’un caractère trop bien trempé, Albert devint l’hôte du pénitencier de Domerat, près de Montluçon, avant d’être gracié et rapidement ré-affecté au 5ème Bataillon d’Afrique en janvier 1916 ( les combats faisaient rage, la Guerre s’enlisait, et nos poilus se faisaient massacrer … il fallait bien trouver du personnel ! ). Peut après il rejoint le 1er Bataillon de Marche d’Afrique, les fameux Bat’ d’Af’, encore appelés les Joyeux, qui avaient la réputation de ne pas reculer.

Il a été cité à l’Ordre de la Division en avril 1918 pour s’être porté bravement sur un terrain violemment battu vers son chef de section grièvement blessé afin de le secourir après l’avoir pansé et repris sa place dans le rang.

Très gravement touché à Gueux suite à l’explosion d’une grenade en Août 1918, il fut amputé de son avant bras droit et de sa cuisse gauche.

Albert est décédé, laissant à sa famille le souvenir d’un rude gaillard, et celui d’un grand-père aimé et aimant. C’est avec grand plaisir que j’ai accompagné mes nouveaux amis sur le terrain, qui m’ont appris beaucoup de choses sur ce soldat vaillant et courageux, titulaire de la Croix du Combattant Volontaire, de la Croix de Guerre, de l’Etoile d’argent et fait Chevalier de la Légion d’Honneur en Octobre 1927.

Très respectueusement, Albert Rousseau, je te salue !

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