J’ai croisé… Big John

Gueux, le 20 mars 2017 :

John Surtees-Big John

J’aime cette série où je parle de ceux que j’ai croisés ou que j’aurais aimé croiser. Tous sont des personnages qui m’ont enrichi, d’une manière ou d’une autre, par leur dévouement, par leur attachement à notre territoire ou encore par des pages d’histoire qu’ils ont ou qu’ils auraient dû nous laisser. 

Le pilote John Surtees fait partie de ceux-là. En apprenant sa disparition, la semaine dernière, à l’âge de 83 ans, j’ai tenu à lui faire une place dans cette rubrique.

Big John, comme on l’appelait dans le milieu, je l’ai réellement croisé à Gueux à plusieurs reprises. D’abord quand j’étais accoudé à côté de mon père aux promenoirs de Thillois et que j’ai vu deux voitures se rentrer dedans : une rouge et une verte. Bruit, poussière, clameur … j’avais 10 ans. C’est bien longtemps après que j’ai appris que l’une des deux était pilotée par John Surtees. C’était sa toute première apparition à Gueux.

On ne peut pas dire que le Circuit de Gueux lui ait porté chance : Sur 9 participations, Big John dut renoncer 6 fois.

Gueux 1966- Surtess N°10

Il finit néanmoins deux fois second aux 12 heures de Reims, et prit la troisième place en F2 en 1967 pour sa dernière participation chez nous. Je n’en ai qu’un vague souvenir, n’ayant d’yeux que pour Jean-Pierre Beltoise et Johny Servoz-Gavin qui couraient sur les Matra dont on commençait à entendre parler. Tous les deux ont malheureusement abandonné… à Thillois. Ce fut du reste une belle hécatombe ce jour là : 8 rescapés, dont Surtees sur les 25 engagés !

C’est enfin plus récemment que j’ai croisé le champion le long des stands. Pas rancunier pour un sou envers le circuit qui ne lui avait pas vraiment permis d’exprimer son talent, le doyen des champions du monde de F1 venait faire escale à Gueux depuis quelques années à l’occasion du Beaujolais Run. L’objectif de cet évènement est de recueillir des fonds pour la Henry Surtees Foundation, créée à la mémoire de son fils tué lors d’un accident de course en 2009,  afin d’aider les causes pour ceux qui sont moins chanceux que nous-mêmes, selon les propos même du malheureux Papa.

A Gueux – Nov 2013

Toujours souriant et disponible John acceptait volontiers de poser devant les photographes et signaient des autographes à ceux qui étaient fidèles à ce rendez-vous, attirés aussi il est vrai par l’attrait de voitures souvent exceptionnelles.

Big John était unique, et pas seulement par son talent (le seul pilote à la fois champion du monde en moto et en formule 1). Né en Angleterre en 1934, il participe pour la première fois à une course de side-car à l’âge de 15 ans, avec son père aux commandes. Il devient lui-même pilote l’année suivante et cumulera 7 titres de champion de monde en 350 cc et 500 cc. En 1960 il passe du guidon au volant et remporte le titre suprême en F1 en 1964 avec Ferrari.

Il fondera même sa propre écurie, Surtees Racing Organisation. Il prend sa retraite de pilote en 1972.

Il a été élevé au titre de Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique l’an passé, tout comme le français Bernard Arnaud en 2012, mais certainement pas pour les mêmes raisons !

Cet homme charmant s’est éteint paisiblement. Quel parcours magnifique, monsieur John !

R.I.P. with your son, old chap !

John et Henry