J’ai croisé… Gabrielle Stouque

Gueux, le 28 décembre 2016 :

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Un “ange blanc” en 1916 – à Muizon

Dire que Gabrielle Stouque m’a tapé dans l’oeil n’est pas tout à fait faux. Dire que je l’ai croisée est évidemment exagéré, puisque la jeune femme est décédée en 1921, à Paris. C’est mon ami Jean Luc Jolivet, de Caurel, qui m’a fait découvrir cette attachante personne.  Elle fait, à sa façon, un peu partie de l’Histoire de notre village.

Gabrielle Clémence Stouque est née de père inconnu le 28 avril 1889 au domicile de sa mère à Raon-sur-Plaine, dans les Vosges. Sa jeune maman, Joséphine avait alors 19 ans. Elle était sans profession et vivait elle-même chez sa mère, Marie, manouvrière. Le père de Joséphine, Pierre, était sagard, métier qui consistait à débiter le bois en planches dans l’une des nombreuses scieries de la région. Le travail dans la scierie nécessitait la présence, de jour comme de nuit, d’une personne (le sagard ou son vâlot) pour assurer la bonne marche de la machine alimentée par l’eau.
scierieLe sagard, référent dans le métier, bénéficiait des déchets de la scierie, la sciure, les copeaux ou encore les dosses et écorces… un luxe !

Raon-sur-Plaine se trouve dans une vallée, à 3 km à l’ouest du point culminant des Vosges, le Donon. Cette vallée est parcourue par une rivière, la Plaine. Situé à une altitude moyenne de 430 m, le petit village est entouré de nombreuses collines où la forêt est majoritairement constituée de conifères. A l’époque ce village comptait environ 550 âmes.

En 1871, après la défaite de Sedan, Raon-sur-Plaine sera tout d’abord annexé à l’Empire allemand puis, après un nouveau tracé des frontières en 1872, il sera rendu à la France. Les échanges frontaliers sont relativement bons au début du 20ème siècle. Le ski de fond et les randonnées pédestres se développent, la vie est tranquille. Voilà planté le décor dans lequel la petite Gabrielle a grandi jusqu’à ses 18 ans quand elle décide de s’engager dans l’armée comme infirmière en 1907.

Puis la Grande Guerre éclate et elle est affectée à l’hôpital militaire de Bourbonne les Bains dès le 3 août 1914. Elle sera ensuite mutée à Chaumont dans un établissement public servant d’ambulance, puis à Epernay dans un hôpital d’évacuation, à quelques dizaines de kilomètres du front.

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Ambulance de Gueux

Enfin elle arrive à Gueux, au château Roederer qui avait été réquisitionné pour servir d’ambulance dès la fin de la Première Bataille de la Marne. Souvent situés en pleine campagne, ces hôpitaux improvisés devaient répondre à l’afflux des blessés en provenance du front.  Ils sont situés dans la zone d’évacuation, à environ 15 ou 20 kilomètres des lignes. C’est là que les soldats sont soignés ou opérés, puis évacués au centre de convalescence…  ou inhumés dans le cimetière spécialement aménagé et tout proche.

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Premier poste de secours

Déterminée, Gabrielle est affectée au premier poste de secours, attaché au château, mais non loin de la zone de combats. Elle y accueille les blessés qui, s’ils ne sont pas portés par des soldats valides, arrivent par des moyens parfois rudimentaires. Véritable interface entre le front et l’arrière, le poste de secours constitue l’espace où sont prodigués les premiers soins en vue de soulager un tant soit peu la souffrance des combattants. 

C’est là, en janvier 1917, que l’infirmière de seconde classe est blessée lors d’un bombardement du poste où elle faisait son devoir. Elle restera infirme, malgré 7 opérations réparatrices et sera réformée en catégorie N° 1, c’est à dire ayant droit à une pension du fait d’une blessure en service commandé. Gabrielle avait 28 ans.

Mademoiselle Stouque se retire alors à Bourg-la-Reine, au N°72 de la Grande Rue (aujourd’hui avenue du Gal Leclerc). De nombreuses citations l’honorent et rappellent qu’elle fut courageuse, dévouée et exemplaire. Elle obtient la Croix de Guerre, puis elle est élevée au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur le 25 mai 1921 par André Maginot, Ministre des Pensions de Guerre.

Gabrielle décède peu après, à l’Hôpital Cochin, le 12 août 1921. Ses obsèques religieuses ont eu lieu dans l’église St Gilles de Bourg-la-Reine, ville où elle fut inhumée. Bien qu’elle ne soit pas officiellement morte pour la France, elle mériterait que son nom soit gravé sur une plaque. Au moins, qu’il reste dans nos coeurs !

L’infirmière, l’ange blanc qui soigne et réconforte le soldat blessé est une véritable icône de la Première Guerre Mondiale. Elle forme avec ses pairs la quatrième armée glorifiée dans les colonnes du Figaro sous la plume du poète Emile Bergerat.

Elles aussi, elles donnaient leur vie, mais, comble de l’héroïsme, sans combattre et sachant qu’on les assassinait, torturait et violait, les saintes martyres de la foi de France.

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Des anges blancs