J’ai croisé… le Maître de Feu

Gueux, le 3 février 2017 :

Georges Gimel

Né en mars 1898 à Domène, en Isère, Georges Gimel avait tout juste 20 ans quand il s’est retrouvé au milieu des rudes combats de 1918. Il était grenadier au 22ème régiment d’infanterie dont les 2ème et 3ème compagnies ont repris Vrigny aux allemands aux premières heures du 1er juin 1918. Ces soldats ont eu cependant à repousser deux contre-attaques ennemies avant de prendre du repos et céder le terrain aux éléments du 43ème Colonial qui a pris la relève.

Tout jeune artiste, Georges Gimel est parti comme engagé volontaire à l’âge de 18 ans et il a été blessé deux jours avant l’armistice, lors une attaque au gaz moutarde. Profondément touché dans sa chair et son esprit, il a laissé de cette période une impressionnante collection de poignants dessins réalisés à l’encre de Chine, qu’il a intitulée Visions de Guerres. 

Vrigny l’Attaque. G.Gimel

Il a appelé le dessin ci-contre Vrigny, l’Attaque. Les personnages de ce lavis portent les souffrances physiques et morales qu’ont du endurer les hommes engagés dans ces terribles combats. Doit-on voir en arrière plan de ce dessin des piquets de vigne en foule ?

Vrigny dans la Tourmente. G Gimel

Le second dessin représente Vrigny dans la Tourmente. On y distingue un Christ crucifié, des soldats à l’assaut avec des grenades à la main et une silhouette de char derrière des barbelés.

J’ai tenu à ajouter en bas de cet article l’émouvant dessin de l’Infirmière en pleurs, en ayant une pensée particulière pour Gabrielle Stouque (voir Ici)Georges Gimel ne l’a certainement pas rencontrée mais il en avait peut-être entendu parler.

Expressionniste et reporter de guerre, Gimel a également couvert la seconde guerre mondiale. Son surnom était le Maître du Feu. Ses reportages dessinés ne sont qu’une partie de son travail d’artiste. Il était aussi graveur, lithographe, illustrateur, décorateur de théâtre, céramiste, fresquiste, émailleur et sculpteur. Il a fréquenté les ateliers d’Henri Bouchard et de Maurice Denis et a dessiné des motifs pour les robes de Paul Poiret puis Jean Patou et des modèles pour les verreries Lalique. Gimel fait également partie des Ateliers d’Art Sacré fondés en 1919 par G. Desvallières et M. Denis.

Georges Gimel est tombé foudroyé aux pieds de sa partenaire avec qui il patinait sur la glace de Megève, un 21 janvier 1962, neigeux et ensoleillé. Ses amis prétendent qu’il a eu la fin qu’il aurait pu souhaiter.

Infirmière en pleurs. G Gimel