Le Circuit de Gueux, autrement #3

#3 – Des chemins et des hommes  (Retrouvez les autres articles ici ) 

Dans Petit essai sur la topologie de Gueux, qui paraîtra bien un jour sur pastouch.fr, j’émets quelques hypothèses sur la naissance du village grâce à la croisée des chemins :

“A un point d’eau, je m’arrête, à un croisement je rencontre ;  alors je raconte, j’échange et enfin je m’installe …”

HistoCircuitCheminsLe premier Circuit de Gueux a pour origine des chemins tracés par l’homme, à des époques très différentes et pour des raisons bien précises. Pour illustrer mes propos, j’ai épuré et un peu retravaillé une copie du cadastre Napoléon de 1836 avec ses chemins , berceau du circuit.

En bleu : Juan Emmanuel Fangio, talonné en juillet 1958 dans la dernière ligne droite de sa carrière par celui qui allait gagner l’épreuve du Grand Prix de France et qui refusait par respect, de prendre un tour à cet homme là (1), savait qu’il ne ramènerait plus de titre de Gueux. Dix ans plus tôt, Fangio entamait sa carrière européenne ici même, avec 4 abandons successifs avant d’accrocher la première de ses trois couronnes champenoises sur cette même ligne droite où était passé Henri II, quatre siècles auparavant. Le roi Henri II allait chercher lui aussi son sacre, mais à la cathédrale de Reims, après avoir fait un très bref passage à Gueux.

Cette fameuse ligne droite était à l’origine le tronçon d’un chemin reliant Reims à Gueux puis Rosnay ou Lhéry. Au bout de la ligne droite, une petite rampe (2) masquait une longue courbe (3) qui devait son nom à un Calvaire appelé Croix-Rouge et toujours visible à l’entrée du village.

Au coeur du village, il fallait prendre le fameux virage de Gueux, à l’équerre, où un mur extérieur présentait encore, il y a peu de temps, les stigmates de sorties un peu larges (Photo ci-contre, belle cicatrice sous “Henri”).ExtFamilo

En blanc : le chemin de Gueux à Compensé, lieu dit où se trouvait un ingénieux moulin à eau pour moudre le grain des paysans des environs. Ce chemin fut ensuite aménagé en route à la fin du XIXème siècle et au début du XXème pour faciliter l’accès à une toute nouvelle gare de chemin de fer construite sur ce chemin de Compensé, à 3 km de Gueux.

Ce segment du circuit commence par une légère montée puis plonge vers une cuvette (4). A la sortie de la cuvette, une rampe se raccordait à une portion horizontale avant le virage de la Garenne (5).

En rouge : la route de Paris à Reims, qui fut empruntée notamment par les troupes Napoléoniennes pour la reconquête de Reims du 13 mars 1814. Ce fut la dernière grande victoire de l’Empereur. Au Vème Siècle, Clovis l’aurait empruntée avec une partie de son escorte pour se rendre à Soissons.

Légèrement ascendante après la Garenne, la route plongeait sur quelques centaines de mètres (6) avant un nouveau palier qui menait à l’épingle de Thillois (7), encore appelée virage de la Bonne Rencontre, auberge rendue célèbre grâce au Circuit puis au talent de ses Chefs, et rebaptisée Auberge de la Garenne dans les années 60 …  d’où une légitime confusion avec le virage du même nom !

En bas à droite de l’image, la petite route qui permettra aux spectateurs de se rendre en bord de piste. Ce chemin permettait aussi de rejoindre Reims, par le Sud.

Enfin, en noir, et pour s’y retrouver un peu : le dernier tronçon du circuit tracé en 1952, au milieu des champs. Nous y reviendrons prochainement !

Embarquement immédiat : un tour de ce circuit historique en vidéo

A suivre : #4 – Premiers rassemblements

  1. Le vainqueur fut Mike Hawthorn
  2. Cette bosse sera abaissée pour des raisons de sécurité
  3. La courbe du Calvaire
  4. Cette cuvette sera rapidement comblée
  5. Espace peuplé d’une grande quantité de lapins
  6. La descente de la Garenne, théâtre de nombreux records de vitesse
  7. Epingle aménagée plusieurs fois par la suite pour faire de Gueux le circuit le plus rapide du monde

thillois_delaron_bugatti

– Edité le 21 mai 2013