Le Circuit de Gueux, autrement #4

#4 – Premiers rassemblements  (Retrouvez les autres articles ici )

Clairement, le fier Toto “la grande gueule”  ne devait pas en mener large lorsque fut donné le premier départ en plein milieu des champs du tout nouveau Circuit de Gueux, le 25 juillet 1926, à 9H00 très précises. Les motos ouvraient le ban, puis viendrait le tour des voitures. La première machine à fanchir la ligne d’arrivée du circuit de Gueux fut une moto Alcyon de 175 cm3 pilotée par Marcel Jolly (82 km/h de moyenne) devant celle de Lucien Demasson.

MarcelJolly Version 2 - Version 3

Jolly-Demasson à ?

A 14H00, Pierre Bouchez, dont nous avons déjà parlé et dont nous reparlerons encore, lançait sa Georges Irat 2 litres sports à l’assaut de la première rampe avant d’attaquer la longue courbe du Calvaire.  Sa “Voiture de l’élite” (1) l’abandonnait après quelques tours seulement.  Revanchard et déterminé, il savait qu’il serait prêt pour le départ des premières 12 heures de Reims … le mois suivant !

1926-104-GarennePB

Bouchez à la Garenne

Là, effectivement, il devait terminer 6ème, et 1er de sa catégorie, ayant quand même parcouru 824 km, soit 232 km de moins que le premier,  Gauthier  sur une Bignan 2 litres course.

Ainsi donc l’ACACA,  avait proposé cette même année 1926 deux grands rassemblements sur le tracé de Gueux. C’était une audace supplémentaire, mais sans doute indispensable pour marquer les esprits. Raymond Roche l’avait rêvé, ou plutôt avait assemblé dans ses rêves les images qu’il avait vues de Monthléry et de son autodrome, et du premier et spectaculaire départ en épi des concurrents des 24 heures du Mans de 1925. Il n’y avait pas de temps à perdre : Reims avait son circuit, il aurait un jour son Grand Prix de France et en attendant il avait déjà ses 12 heures.

Planté au milieu de la piste, Raymond imaginait déjà, d’un regard périphérique,la ligne des stands, avec beaucoup de stands,  de longues tribunes pour le public et la presse, et aussi une passerelle comme au Mans, et pourquoi pas un tunnel pour accéder facilement au paddock …. Oui, le circuit de Reims-Gueux allait devenir une référence internationale. Pari réussi, non ?

1926-111-Auber Bugatti371926_StandsMais en attendant le faste, il fallut faire profil bas : les premiers stands étaient en bois, tout comme le perchoir-poste de chronométrage. Le public, nombreux malgré le temps incertain, devait se contenter de rester derrière de modestes barrières en face des stands et en divers points du circuit. Les pilotes s’en donnaient à coeur joie dans les virages, notamment à la Bonne Rencontre ou la différence de niveau au raccordement des chaussées accentuait l’effet de survirage et leur permettait d’exprimer leur talent. Ils étaient plutôt satisfaits, mais auraient sans doute préféré un meilleur état des routes avec moins d’arbres et de poteaux en bord de piste. Cela leur demanderait encore un peu de patience !

Le bilan de ce premier rassemblement de juillet sur les terres de Gueux fut extrêmement positif, et le troisième Grand Prix de la Marne fut programmé pour juillet 1927. La SACR (2) fut créée en juillet 1926, chargée de faire l’acquisition de terrains, l’aménagement du Circuit et de ses infrastructure, et la promotion des évènements.

Malheureusement en Août 1926, la Coupe d’Or des 12 heures de Reims n’avait pas déplacé la foule et les organisateurs durent revoir leur copie. Etait-ce à cause du doublon avec la réunion de juillet, des heures de départ et arrivée (12h00 /0h00), ou encore des grandes vacances ?

Il fallut se résigner et abandonner l’idée des 12 heures… au moins pour de longues années, jusqu’en juillet 1953 pour vivre un nouveau rassemblement extraordinaire à Gueux : les 12 heures Internationales de Reims, suivies du 40 ème Grand Prix de l’Automobile Club de France , le tout dans le même Week-end.

à suivre : #5 – Construire en dur

  1. C’est ainsi qu’on appelait les “Georges Irat”
  2. SACR : Société Anonyme des Circuits de Reims

MG_2013_03

Edité le 3 juin 2013