Le Circuit de Gueux, autrement #5

#5 – Construire en dur (Retrouvez les autres articles ici )

PT1927-105-Tribune  BignanAvant tout, la piste fut élargie sur une cinquantaine de mètres, là où se trouvaient les stands en bois installés pour les courses de 1926. En effet, l’impossibilité de faire un départ en épi aux premières 12 heures était restée en travers de la gorge des organisateurs. La sortie des stands après ravitaillement n’offrait pas non plus toutes les conditions de sécurité exigées. Il était important de remédier à cela. Une ligne de 10 stands en béton de 4m sur 3m a donc été construite en retrait de la route (1). Un solide poste de chronométrage avec étage, en béton également, a été placé à l’aval de l’alignement de ces stands, en face de l’ancien «perchoir» de 1926, et en préservant un espace carburant Aéro (2).
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Des poteaux et lisses en béton fraichement peints en blanc ont remplacé les barrières en bois et quelques constructions en planches prolongent les installations en dur. Un panneau d’affichage fixe est installé sur la terrasse des nouveaux stands où d’audacieux spectateurs se sont installés pour assister au III ème GP de la Marne. Nous sommes au mois de juillet 1927.

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PT1927-199-Pub à Reims

Pub’ devant la gare de Reims

Une vaste tribune officielle démontable avait aussi été installée en face de la ligne des stands. C’est évidemment noir de monde. Ce public, qui avait été sollicité par une solide campagne publicitaire s’était principalement donné rendez-vous dans les pesages ou sur les pelouses (3). On en trouvait en face des stands, mais aussi à Gueux, à la Garenne et à Thillois, où les organisateurs avaient judicieusement installé de bonnes buvettes bâchées … et des postes de secours, bâchés eux aussi !

L’épingle de Thillois avait été légèrement arrondie pour améliorer les performances des pilotes. Ceux-ci feront remarquer que le tronçon entre Gueux et la Garenne est encore très accidenté. Les spectateurs de la Garenne, quant à eux, regretteront de perdre de vue les voitures un bref instant dans la cuvette en bas de Gueux. Alors oui, c’est décidé, cette portion de route sera rapidement refaite.

Déjà en 1926, les contrôles techniques avaient eu lieu à Reims, place d’Erlon, au siège de l’Eclaireur de l’Est … les pilotes y emmenaient leurs engins par la route. Quel spectacle dans les rues de Reims ! Cette originale manifestation fut renouvelée en 1927 et ce fut ainsi encore pendant de très longues années.

Les ravitaillements étaient spectaculaires : les mécanos allaient chercher l’essence dans des bidons chez AERO et remplissaient au seau les réservoirs des autos avec un gros entonnoir.

Violette Morris

Violette M.

Cette année fut également marquée par la présence de deux femmes pilotes, Violette Morris sur une BNC 527 (4) et Marie-Léonie Derancourt sur une Salmson (4). Son fils Albert, alors âgé de 12 ans, fit même une démonstration de ses talents de pilote (5).

Albert_Derancourt_

Albert Derancourt

Marie-Léonie ne termina pas la course, mais Violette, que l’on appelait encore La Moriss se classa 7ème de sa catégorie. Cette rude concurrente jouira plus tard d’une bien mauvaise réputation. J’y reviendrai.

Et notre ami Pierre Bouchez ?  Il termina sa course en 3ème position de sa série sur sa Georges Irat 2l… fidèle à son circuit, en attendant la suite.

Parce que suite il va y avoir, et de quelle manière… Le rendez vous est pris pour juillet 1928, avec la promesse de voir un circuit à l’image de ce qu’avait déjà tracé et dessiné Marcel Blanc en 1927 avec le pilotage avisé de … Toto, bien certainement.

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Notez enfin que cette saison 1927 s’est terminée avec l’organisation de la première course sur route du Grand prix de Reims cycliste, au début de septembre, qui vit le triomphe de Marcel Duc. La polyvalence sportive du circuit de Reims-Gueux était reconnue.

à suivre : #6 Le grand départ

  1. 10 stands en béton sont construits en 1927, dont 5 seulement subsistent, en aval de la terrasse de la tour dite des restaurants
  2. l’essence Aero, la meilleure de France, était un sponsor de la première heure avec son distributeur Société Champenoise des Carburants, de Reims
  3. les pesages sont les endroits ou on peut voir les concurrents de près, les pelouses sont des espaces enherbés coupés ras pour recevoir du public
  4. les BNC étaient des voitures voiture françaises : Bollack & Netter Compagnie
  5. d’abord fabricant français de Pompes en 1890, puis constructeur d’avions et de voitures, la compagnie Salmson est aujourd’hui revenue à ses premiers amours : la conception et la fabrication de systèmes de pompages
  6. à 7 ans, Albert Derancourt fonçait à plus de 130 km/h sur l’autodrome de Montlhéry et à 8ans il donnait  des cours de conduite.

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– Edité le 21 juin 2013