Le Circuit de Gueux, autrement #6

#6 – Le grand départ (Retrouvez les autres articles ici )

1928-107-départ-gautjier Bugatti3544Plus de 30 000 spectateurs avaient assisté au 3ème GP de la Marne en 1927, la réputation du circuit de Gueux était faite et encourageait les efforts d’aménagement. L’engouement du public et des pilotes était tel que ce rassemblement s’est tout de suite affirmé comme étant une des compétitions automobiles les plus attendues du territoire national. Les pouvoir publics ne s’y sont pas trompés, les industriels non plus et en particulier les Grandes Maisons de champagne qui ont vu au travers de cet évènement de renommée internationale l’opportunité d’associer l’image du champagne à la victoire.

C’est tout cela qui fait dire qu’en 1928 fut donné le grand départ d’une formidable aventure qui facilita les progrès de l’automobile, l’application de techniques modernes de construction, de routes, le développement touristique de toute une région et la promotion de son produit phare. Un laboratoire, le Circuit de Gueux ? Evidemment !

Non terminée, mais inaugurée en grandes pompes en mai 1928 par le maire de Reims en personne, Paul Marchandeau (1),1928_2_ mai tribuneW la première tribune couverte du circuit (2) avait une capacité de 1200 places assises. Elle offrait un immense buffet sous les gradins avec vue sur la ligne droite avec cuisines et sanitaires à l’entre-sol.

Le constructeur, les Ciments Armés Demay Frères à Reims (3), se fit une belle publicité avec cette réalisation, modeste concurrente des monumentales halles de Reims mises à disposition du public en juin de la même année, et réalisées par la Sté du Limousin et Freyssinet. Le concept Eugène Freyssinet (voute mince) s’oppose au système René Demay (armatures de section rectangulaire, bien visibles sur les stands réalisés l’année précédente). Ces deux innovantes réalisations auront fait couler beaucoup de béton en 1928, et aussi beaucoup d’encre 80 ans après …

1928-116Tribune Cette tribune est érigée sur le terrain d’une ancienne briqueterie, terres incultes mais assez bien stabilisées pour servir de parking. Plusieurs centaines de chaises pliantes étaient installées sur les pesages devant la tribune. En face, le poste de chronométrage fut équipé de baies vitrées, et des gardes corps furent installés au dessus des stands. Les spectateurs y étaient davantage en sécurité. On parle de 40 000 visiteurs venus encourager la cinquantaine d’engagés du 4ème GP de la Marne sous le chaud soleil de juillet.

C’est certainement à cette époque que fut construite l’enceinte rapprochée des tribunes-parking VIP-pesages-pelouses, muret en béton armé surmonté d’un épais grillage, avec ses belles entrées façon pergola. A l’intérieur de cette enceinte toujours existante, auraient également été construites les premières buvettes en dur, et aménagées les premières places de stationnement VIP. Les voitures se seraient comptées par milliers, et l’accès aux différents parkings devenait donc très compliqué.
1928_AccèsVIP

1928_BuffetSsTribune ?L’épineux dénivelé de l’épingle de Thillois subit à nouveau quelques aménagements pour le confort des pilotes et aussi pour leur éviter de trop ralentir avant d’entrer sur la mythique ligne droite, gagnant ainsi de précieux dixièmes de seconde.

Deux femmes étaient engagées, Janine Jenneky et Lucy Schell (4).  Janine ne put se présenter au départ. La belle Lucy finit 6ème du Prix de la Ville de Reims.1928_Thillois_LucySchell

Herve Chandon de Briaille ne termina pas sa première participation à Gueux, et on ne le reverra plus. Y-at-il un rapport entre ce Chandon, comte et propriétaire exploitant, et la première et généreuse dotation en lots de bouteilles par les Maisons de Champagne ? Cela reste à démontrer. Il se disait néanmoins que d’un commun accord les bouteilles offertes seraient habillées d’étiquettes blanches, la profession voulant mettre en avant un produit, plutôt qu’une marque … cela ne dura pas bien longtemps !

Notre sympathique ami Pierre Bouchez était bien sûr de la partie. Il n’aura pu boucler deux tours, suite à un stupide accident. Ce fut sa dernière participation en course, mais ce passionné restera longtemps dans l’équipe des organisateurs, avant de retrouver son circuit dans des circonstances plus dramatiques.

1928_GI_PBouchez

Et Chiron emporta l’édition 1928, bouclant les 50 tours de circuit à près de 133km/h. Phiphi Etancelin était dépité, vainqueur l’an passé et longtemps second derrière Louis Chiron avant de disparaitre du classement, il pensait voir s’envoler l’espoir de remporter déjà l’an prochain le grand Trophée de 3 victoires à Gueux(5).

à suivre : #7 – La fin des années folles

  1. Aussi DG de l’Eclaireur de l’Est et grand passionné d’automobile, député maire et également ministre sous la 4ème République.
  2. Aujourd’hui tribune Wimille, en hommage à ce grand pilote Français, prénommé Jean Pierre, décédé au volant de sa voiture lors d’essais en 1949 à Buenos aires.
  3. Entreprise crée à Reims la fin du XIXème par René Demay et ses frères aînés. Réalisation de réservoirs, silos, cuves verrées, tant en France qu’à l’étranger, ainsi que de nombreuses constructions industrielles (Usines, Moulins, Filatures, Brasseries …). René DEMAY avait participé à la fondation de la chambre syndicale des constructeurs en ciment armé.
  4. Née Lucy O’Reilly, fille d’un multi millionnaire américain d’origine irlandaise.
  5. Vainqueur en 1927, il gagnera  en 1929 et finit par obtenir ce beau Trophée en 1933.

1932-119-Thillois nuvolari