Le Circuit de Gueux, autrement #7


#7 – La fin des Années folles 
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Le krach de Wall Street à New York en octobre 1929 mettra définitivement fin aux insouciantes années folles nées en 1920. Paris et sa culture de l’élite ont déjà ressenti un sérieuse récession dès la fin de 1928 alors que s’affirme une nouvelle culture populaire qui va finir par s’imposer en France. Le sport de masse prend une large place dans ce nouveau mode de vie et déplace les foules. Bien que réservée à une certaine classe, la compétition automobile attire et fait rêver : au volant d’une voiture tous les hommes se sentent égaux.

ProjetContourn.La nouvelle municipalité de Jules Couet accueille donc le 5ème Grand prix de la Marne sur ses terres en juillet 1929, non sans rechigner (1) et remettre sur le tapis un projet de contournement de Gueux dont il a déjà été question les années précédentes. En temps de vaches maigres, il lui faut apprendre à faire contre mauvaise fortune bon coeur, en reconnaissant que cet évènement d’ampleur internationale, ses retombées économiques et médiatiques peuvent bien justifier quelques dérangements un jour ou deux dans l’année. Mais l’idée fait son chemin.

Grâce au succès de l’an passé (plus de 40 000 visiteurs), les organisateurs avaient pu poursuivre leurs travaux d’aménagement et en particulier l’installation de loges entre la tribune couverte et la piste, tout en ménageant un espace pesage. Des enceintes sont aménagées Logo_Essoaux trois virages pour recevoir un public de plus en plus nombreux (on parle de 50 000 personnes). Les deux gradins aux assises en béton le long de la rampe de départ ont peut-être été construits aussi cette année là. Les annonceurs se faisant de plus en plus nombreux, on profite de nouveaux espaces pour y glisser de la publicité. C’en est fini de l’exclusivité du carburant Aéro, certains constructeurs dont Bugatti ont fait le choix d’utiliser Esso (2).

1929_Depart1929_MLDerancourtLe départ de 1929 est donné en épi, les pilotes étant au volant. Trois femmes sont engagées, Violette Moriss, Lucie Schell (forfait), et Marie Léonie Derancourt, toutes trois déjà habituées au circuit. Cette dernière place sa Bugatti 35 à la 5ème place sur les 6 engagés de la catégorie 2 litres. Seulement 24 concurrents étaient au départ, mais la foule ravie a retenu que son champion Philippe Etancelin a terminé premier et a porté le record du tour à plus de 142km/h.

L’année se termine en septembre avec la course cycliste du 11ème circuit de Champagne remporté par le belge Louis Delannoy.

La région connait aussi une autre effervescence : les footballeurs de la SSPP (3) intègrent en 1929 le plus haut niveau de la ligue du Nord-Est. Ils arriveront même à battre leurs rivaux de toujours, le Sporting Club Rémois, attirant régulièrement 5000 personnes dans des installations modestes. Cela aboutira à la naissance du Stade de Reims et à l’érection d’un Stade Vélodrome quelques années plus tard. Une rude concurrence en perspective pour la SACR.

Mais revenons sur la piste : Nous voici déjà en 1930, et le WE du 28/29 juin est marqué par une série de manifestations exceptionnelles :

  • MissFrance1930Samedi 28 : Passage du Rallye automobile et motocycliste de Reims, avec 494 engagés et contrôle à l’arrivée place d’Erlon, devant le siège de l’Eclaireur de l’Est, bien évidemment.
  • Samedi 28 : Grand Concours d’Elégance à Reims avec 96 candidates dont la très jolie Miss France,Yvette Labrousse (4), présentant une Delage 8 cylindres
  • Dimanche 29 : Prix de Reims motocycliste et enfin le VIème GP de la Marne, filmé pour la première fois par la Paramount (5)

La foule est omniprésente, et les compteurs s’affolent. Certains annoncent 60 000 visiteurs à Gueux, d’autres 150 000 sur le Week end ! Fort heureusement de nouvelles infrastructures avaient été prévues, comme la construction de gradins à droite de la tribune couverte, et probablement ceux de la Courbe de Gueux. Côté sécurité, les lisses en béton alignées en face des stands ont fait place à des murets de paille et terre. Le petit chemin derrière les tribune est enfin aménagé en dur (D227) pour acheminer tous les véhicules des visiteurs jusqu’aux parkings.

On en serait presqu’à oublier que le vainqueur de l’épreuve reine fut René Dreyfus sur une Bugatti 35B, portant  le record du tour  à plus de 146 km/h.

à suivre : #8 Un bon coup d’accélérateur

  1. Le quart nord du village était isolé pendant les compétitions : les habitants devaient rester chez eux, le Café Thilgés, bien qu’étant aux premières loges au virage de Gueux restait inaccessible, la circulation des véhicules et du matériel agricoles étaient impossibles sur deux axes principaux du village …
  2. En 1902, la Standard Oil of New Jersey s’implante en France. C’est tout naturellement  que S.O devient ESSO un peu avant 1911.
  3. Société Sportive du Parc Pommery, club sportif de la maison de Champagne Pommery & Greno. Les joueurs portaient des maillots dorés et des shorts verts, rappelant les couleurs des bouteilles de champagne.
  4. Principalement connue sous le nom de Om Habibeh après avoir épousé l’Aga Kan III en 1944.
  5. De très nombreux reportages cinématographiques se sont tournés sur le mythique circuit de Gueux. En 1965, John Frankenheimer tourne Grand Prix, film mettant en scène le championnat de F1. Les dirigeants de la SACR lui interdisent de filmer à Gueux, et c’est finalement le magnifique Circuit de Charade, près de Clermont-Ferrand, qui offrira les images du GP de … Reims ! Ce film sort finalement en 1966, année du dernier GP de l’ACF couru à Gueux.

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– Edité le 30 juillet 2013