Le Circuit de Gueux, autrement #8

#8 Un bon coup d’accélérateur (Retrouvez les autres articles ici )

Toto fut-il inspiré par Nicolas Boileau ? Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse, et le repolissez, ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

1931-101 HelléNice-AnneCécileRoseItierEn tout cas, las de voir l’ACACA recalée année après année pour l’organisation du Grand Prix de France, lui et son équipe surent mettre en avant le succès des derniers rassemblements du Circuit de Gueux pour lui donner davantage de capacité à accueillir du public. En 1931, la conjoncture n’était pas favorable, mais un effort fut consenti par tous. Si avec cela le Circuit de Gueux n’obtenait pas son visa GPF pour l’année suivante … alors làalors làet alors là … parole de Toto !

Donc les personnalités du monde automobile étaient bien au rendez-vous de Juillet 1931 pour le VIIème GP de la Marne. Le Vicomte Jehan de Rohan-Chabot, Président de l’ACF avait fait le déplacement en avion et en avait profité pour survoler et découvrir longuement le circuit et ses nouvelles infrastructures :

1931Trib2

  • Une tribune jumelle est construite sur le flanc gauche de celle de 1928 (1).  L’enceinte dite des tribunes est alors constituée des deux tribunes couvertes et d’une tribune découverte de 1000 places assises, la future Sommer. Des loges de pistes sont ajoutées sur le devant de ces nouvelles tribunes, en bord de piste. L’enceinte dite des pesages, à côté de la nouvelle tribune couverte se voit dotée de 3 gradins de 500 places.
  • Un promenoir de 1800m de long permet maintenant aux passionnés de circuler le long de la ligne droite entre les pelouses de Thillois et l’enceinte des tribunes. Par mesure de sécurité, à la fois pour les pilotes comme pour les spectateurs, les lisses en béton ont fait place à d’originaux murets amortisseurs faits de paille et de terre compactées entre deux grillages (2).

Avec ses 54 engagés, dont une véritable armada Bugatti (48 voitures), le GP de la Marne pouvait-il passer sereinement son grand oral ?

1931-104 départLe départ est donné en début d’après-midi, libérant les 28 concurrents retenus parmi lesquels se trouvent deux femmes qui une fois encore ne sont pas arrivées là par hasard :

ACRIAnne-Cécile Rose-Itier(3), surnommée la Chicane mobile par les pilotes quelque peu phallocrates de l’époque, était une très jolie jeune femme, distinguée et très volontaire. Prodigieusement douée, elle termine 3ème de sa catégorie 1500 cm3 sur sa Bugatti 37A, et 11ème du général.

  • Hélène Mariette Delange, était danseuse à succès à Paris. De son nom de scène, Hélène Nice, vient celui qui fit sa réputation : Hellé Nice (4). Modèle d’audace, de ténacité et de courage, elle place ce jour-là sa Bugatti 35C à la quatrième place de la catégorie 2 litres, et termine 14ème du classement général.

Hellé NiceOn rapporte que 150 000 spectateurs assistaient à ce Grand Prix de juillet que le fameux Louis Chiron ne put terminer, sa transmission ayant cassé au 3ème tour. Put-il se consoler en entendant le chanteur vedette invité du jour, Georges Milton, reprendre ses succès, J’ai ma combine et Pouet Pouet, ou encore partager une bouteille de champagne avec l’autre star présente sur le paddock, l’acteur Charles Vanel, promoteur du premier film parlant de Maurice Tourneur, Accusée, levez vous !

Marcel Lehoux remporte le GP, avec sa Bugatti 51, ovationné par un public enthousiaste et chauffé à blanc sous un soleil de plomb. Le rassemblement avait été une réussite totale et les échanges de regards en disaient long, annonçant des lendemains qui ne pouvaient être que prometteurs en ce temps de crise.

Les prodigieux efforts réalisés par l’ACACA avaient donc payé, et la récompense suprême et méritée attendait les organisateurs : le 26ème Grand Prix de l’Automobile Club de France sera bien pour le Circuit de Gueux, sous réserve que les quelques aménagements prévus au dossier de candidature soient réalisés. Ils le seront !

à suivre : #9 – La consécration

  1. Cette tribune prendra plus tard le nom de tribune Robert Benoist, pilote automobile français, grand résistant déporté et exécuté à Buchenwald en 1944.
  2. OLYMPUS DIGITAL CAMERADes accès en béton avaient été préservés le long de la ligne droite, à la fois pour pouvoir intervenir sur le circuit en cas d’accident, mais également pour permettre aux agriculteurs d’accéder à leurs champs le reste de l’année. Les derniers vestiges ont été détruits en février 2011 par les services départementaux à la demande de la municipalité de Gueux.
  3. Anna Augustine Lucille Itier, s’était mariée trop tôt et trop mal avec un écossais, Mr Rose, dont elle voulu oublier l’existence en devenant pilote d’avion puis de courses automobiles. Grand bien lui en a pris, elle fit carrière jusqu’en 1953, et fait toujours référence dans le monde de l’automobile.
  4. Femme qualifiée de rapide dans la vie comme en amour, Hellé Nice vivait à … 100 à l’heure. Un accident de ski mit fin à sa carrière de danseuse et elle devint pilote professionnelle jusqu’en 1949, quand le célèbre Louis Chiron l’accusa publiquement, et assurément à tort, d’avoir été un agent de la Gestapo. Lâchée aussitôt par ses sponsors et ses amis, elle sombra dans la misère. Elle est décédée sans un sou, dans un taudis, en 1984 à … Nice. Grâce aux travaux de Miranda Seymour et son ouvrage Bugatti Queen, la belle Hélène au béret blanc et au foulard rouge fut enfin blanchie et honorée en 2010. Une plaque commémorative est apposée auprès de sa pierre tombale à Ste Mesme (78), son village natal.

PlaqueHellé

virageThillois1932_Aérien

– Edité le 22 Août 2013