Le Circuit de Gueux, autrement #9

 #9 – La consécration  (Retrouvez les autres articles ici )

GPACF32Les derniers véhicules avaient à peine quitté les garages du Circuit que les travaux d’aménagement pour recevoir le 26ème GP de France débutaient … enfin dans les têtes. Toute la presse internationale allait évidemment se déplacer à Gueux en Juillet 1932. Les retombées médiatiques et donc économiques pour Reims et la région Champagne allaient être sans précédent. C’était le moment de mettre le pied au plancher.

Devenu trop exigü, l’ancien poste de chronométrage servira de poste médical avancé (1) permettant de donner des soins urgents à un blessé grave avant avant son transfert  à l’hôpital.

La ligne de ravitaillement sera transformée : 15 stands supplémentaires construits sur le modèle des anciens lui seront accolés en direction de Gueux et une tour de 3 étages, appelée plus tard le Pavillon Central, sera érigée côté Thillois. Véritable QG (2) du Circuit, ce bâtiment abritera la Direction de course au rez-de-chaussée et les services de communication. La Direction Générale prendra possession du premier étage et le partagera avec les services de chronométrage. La presse occupera les étages supérieurs. Départ1950

Un tunnel de liaison reliant l’enceinte des tribunes et l’espace des stands sera creusé dans le même temps. Ce boyau ne permettra que la circulation de piétons, et le ravitaillement de la tour de Direction de course et des stands pendant les courses.

Le panneau d’affichage fixe au dessus des stands sera perfectionné. Ses cent vingt mètres carrés de surface afficheront constamment les positions des concurrents.

Des parkings supplémentaires seront créés pour desservir les points stratégiques de Gueux, La Garenne et Thillois. Dans le même temps, des enceintes pesages seront aménagées autour des deux tribunes.

La gare de Muizon située à quelque centaines de mètres des pelouses de La Garenne déversera des flots de voyageurs. Des buvettes judicieusement installées sauront les rafraichir. Des autobus sont également prévus pour faire la liaison entre La Haubette, à la sortie de Reims, et Thillois.

Le virage de Gueux est élargi, celui de la Garenne est amélioré. Il faut permettre aux pilotes de mieux les négocier afin de réaliser encore de meilleurs temps (3). Gueux doit être un Circuit de records. Par mesure de sécurité, des échappatoire sont ouvertes aux trois virages pour que les pilotes trop audacieux puissent rester en course, moyennant un temps précieux pour le retour en piste. C’est pour cela qu’ une 1932Pass.Thillois 2passerelle en bois est installée à Thillois (4). Elle facilitera la liaison entre les pelouses à la sortie du virage et celles de l’Auberge de la Bonne Rencontre.

C’est donc un circuit très accueillant que découvrent les premiers concurrents de ce premier week-end de juillet. Les 26 motards se lancent au milieu des tribunes le samedi après midi pour le Grand Prix de l’Union Motocycliste. Quatre catégories sont représentées de 175 à 500 cm3 … C’est Norton qui raffle la mise chez les gros cubes. Quand on pense que les premières Norton, en 1902 avaient un moteur Peugeot ! 1932WoodsNorton

Le dimanche à midi-pile, les 16 voitures issues des qualifications chronométrées (5) sont sous les ordres du Vicomte, président de l’ACF. Seulement 16 pilotes, pas une seule femme, mais quel beau tableau !

1932DepLa course dure 5h, pas une minute de plus, et quand retentit le signal d’arrivée, seules 3 voitures sont dans le même tour, les italiens Nuvolari, Borzacchini, qui succombera à Monza l’année suivante, et l’allemand Caracciola, tous les trois sur Alpha Roméo Type B 2650 cm3. Il reste 9 rescapés à l’arrivée.

Cette image illustre peut-être ce que j’écrivais précédemment (#6) : la dotation de champagne se faisait avec des bouteilles à étiquette blanche … cependant une main secourable vient étancher la soif de Tazio Nuvolari en mettant bien en évidence un flacon de Pommery devant les photographes de presse. Vive la pub’ !1932Novulari

C’est un bel exploit qu’ont réalisé là les organisateurs. Seulement 6 ans après sa création, le Circuit de Gueux avait obtenu enfin son visa pour le 19ème Grand Prix de France, privilège qu’il partagea avec peu de concurrence jusqu’à son dernier souffle en F1, en 1966.

Malheureusement tous ces efforts ont couté beaucoup d’argent, et les primes accordées aux meilleurs pilotes du moment pour qu’ils viennent courir à Gueux étaient démesurées. Endetté, l’ACACA, Automobile Club Ardenne Champagne Argonne, fut déficitaire. Dissout, ce Club à qui le Circuit doit tant a été remplacé par l’Automobile Club de Champagne.

ll faudra attendre fin 1938 pour qu’un nouveau bâtiment soit intégré dans le Circuit : la maison du gardien. Cette modeste bâtisse issue de la reconstruction après la première guerre mondiale dans le coeur de l’épingle de Thillois avait été démontée pierre par pierre avant d’être remaçonnée dans le paddock et servir de logement au gardien des lieux. Sauvagement abattue en 2012 malgré les recommandations de l’Architecte des Monuments de France, elle est aujourd’hui perdue à jamais. J’y reviendrai, bien évidemment !

à suivre : #10 – Un saut dans le temps

  1. Concept né de la médecine de guerre et de la constatation qu’ une personne ayant des blessures graves peut décéder dans les premières heures ou à cause de son transport.
  2. Douze années plus tard, du 22 juillet au 26 août 1944, c’est dans ce même bâtiment que s’est installé le PC du commandement militaire des FFI de la Marne, ou fut préparé, en liaison avec les alliés, le plan d’opérations pour la libération de Reims et du département. Qui était alors à la tête des FFI ? Pierre Bouchez … ancien pilote puis administrateur du Circuit.
  3. En 1931, le record du tour était de 148,6 Km/h, il fait un bond à 160 Km/h en 1932 !
  4. Cette passerelle fut ensuite démontée. Une autre passerelle fut installée par la compagnie BP en 1964.
  5. Les premières qualif’ à Gueux.

 

2012Shame

 – Edité le 24 septembre 2013