Les premiers effets de la guerre, à Muizon

Gueux, le 6 sept.2014 :

MamBaillot-Nénette

Mme Baillot (Antoinette est la petite fille)

Dans son journal, madame Baillot, épouse de Charles, fermier à Muizon,  écrivait le samedi 5 septembre 1914 :

– Rentrée à Muizon, sans encombre, à la grande joie de tous.

Ce dut être une semaine bien éprouvante pour elle, comme pour tous. Les habitants de Gueux ont dû ressentir à peu près les mêmes émotions que ceux de Muizon lors de l’évacuation causée par l’arrivée des soldats allemands. Voici, jour après jour ce qu’écrivait la maman d’Antoinette qui deviendra elle-même la grand-mère de Remi Prévost, agriculteur lui aussi et ancien maire de Gueux.

Lundi 31 Août : Dans la soirée, Ch. de Bussy nous amène Madame Ch. Jeanne et ses enfants, et repart au plus vite avec son auto (Reims commence à être évacuée)

Mardi 1 septembre : Après avoir couché à Muizon, ma tante et ses petits enfants prennent le dernier train pour Paris. Nous logeons dans le village deux mille soldats. Les gardes barrières sont évacués la nuit.

Mercredi 2 septembre : Visite de Paul Grandremy. M Pariselle nous téléphone que les Allemands sont à Laon. Jeanne Bergé partie le matin de Loivre, nous dit bonjour en passant. Triste départ de Muizon à 4 heures et demie. Nous rencontrerons partout de la troupe. Les émigrés sont nombreux sur les routes. Charles reste seul à Muizon. Nous arrivons à Lhéry à 7 heures. Nous y sommes campés. Beaucoup de troupes partout.

Jeudi 3 septembre : Pris entre deux feux. Forte escarmouche, canonnade, fusillade. Nous sommes tous fort impressionnés. On se met à l’abri à la cave. Aussitôt l’attaque terminée, arrivée des Allemands. Défilé ininterrompu toute la journée de la Garde Impériale. On nous réquisitionne notre break. On nous change notre cheval de voiture et on prend un gros cheval de culture. Visite de Charles dans l’après midi, il n’y a pas d’Allemands à Muizon (Les réfugiés sont pris entre deux feux, puis dépassés par les troupes allemandes)

Vendredi 4 septembre : Bombardement de Reims. Je passe la journée sans nouvelles de Charles. 

Insouciante Antoinette

Insouciante Antoinette

Samedi 5 septembre : Rentrée à Muizon sans encombre à la grande joie de tous (Les exilés reviennent à la maison après 3 jours d’absence)

Ensuite, et comme elle le décrit avec une foule de détails, la vie s’organise, jusqu’au redéploiement des soldats français. C’est difficile d’imaginer aujourd’hui qu’on puisse vivre au milieu d’un champ de bataille. Quel témoignage  ! Extraits :

Lundi 7 septembre : Nous n’avons plus de trains, plus de facteurs, plus de bouchers. On fait du pain à la ferme. Les autos prussiennes passent sur la grand route. On entend toujours le canon (C’est le début de la contre offensive)

Jeudi 10 septembre : Des Allemands de passage sont venus faire boire leurs chevaux à la ferme. Il en passe également sur la route de Muizon et dans les environs.

Vendredi 11 septembre : J’ai vendu des oeufs aux Allemands. L’un d’eux est entré dans la salle à manger et a demandé du pain et de la confiture … Ils nous ont fait fort peur. Incendie sur Reims … Les Uhlans sont toujours là et surveillent nos fermes. On a peur la nuit, on ne se déshabille pas (Les allemands sont nerveux et commencent à évacuer Reims)

Samedi 12 septembre : Rencontre entre les Français et les Allemands dans le village. Fusillade, canonnade. Peu de temps après, arrivée de l’armée française. Distribution à nos chers soldats de pain, de confitures, d’oeufs, de vin, tout ce que l’on peut leur donner. Après midi, grande bataille dans les plaines de Muizon, Gueux, Thillois, Champigny. Nous assistons à un spectacle inoubliable. On peut voir les obus éclater en l’air. C’est un vrai tremblement de terre. A 5 heures, on amène 7 blessés dans la pièce transformée en poste de secours. Ils y passent la nuit. Deux étaient grièvement atteints. Fort logement de troupes.

Dimanche 13 septembre : Mort d’un blessé, Leroy de Grand-Couronne. Dans l’après midi, je conduis les autres à Gueux. L’église est transformée en ambulance. Il y a sept cent blessés aux villages. Pendant ce temps Charles à le triste devoir d’enterrer quelques soldats morts ramenés à Muizon. Fort logement de troupes. Huit lits pour l’Etat Major. Les troupes ennemies tiennent toujours Brimont. Lutte chaude des deux côtés (Cette tension persistera jusqu’en mai 1918, soit presque 4 ans de tranquillité relative à quelques km du front, au milieu des troupes alliées, des bombardements des aéroplanes ennemis)

A suivre …

FermeBaillot-Chateau

La ferme Baillot et le Château de Muizon – 1916