Pas Touch’ N°59-Juillet 2014 : Les lacs, y’en a … mares ?

Gx coulMercredi 27 juin 1962, enfin les vacances ! Le soir même je franchis à vélo les 12 km qui me séparent de Gueux, et le lendemain … je me retrouve seul ! Les copains du village sont encore à l’école pour quelques jours. Alors, je file aux lacs, retrouver mon grand-père, pêcheur, pas vraiment devant l’Eternel, ou si peu …

A son habitude il est à l’ombre des tilleuls, assis sur sa caisse spéciale-pêche-faite-maison, les coudes posés sur ses genoux et le regard fixé sur ses bouchons de couleur. Quelques prises s’agitent dans son vivier. Je fais la moue, flairant déjà l’odeur de friture de ce midi ! Aimable, je me lance …

«Voilà une belle perche, dis-je en timide connaisseur … 

-Hmmm !

-Puis tu as pris de chouettes goujons aussi …

-Pfff ! Gardon, pas goujon … je t’ai déjà expliqué la différence … ah là là !»

Bon, ce n’est pas le bon jour … En face dans le vieux lavoir, Grand mère discute avec d’autres dames du village, affairées à leur lessive. Ce sont certainement les échos de leur voix et les coups de battoirs qui ont irrité Grand-père. Debout depuis l’aube, il sait bien qu’il a fait l’essentiel de sa pêche pour la matinée.

Je décide de faire le tour du lac, mes yeux scrutant le fond. L’eau fraiche et limpide me laisse entrevoir une  grosse carpe se faufiler tranquillement entre les herbes … c’était hier.

Juin 2014 : je flânais  samedi dernier autour du grand lac, à l’occasion d’un nouvel épisode de la série à succès «Concours de pêche», et je repensais à tout cela. J’ai croisé quelques anciens qui comme moi ont connu les lacs et le dernier lavoir où les femmes venaient papoter tout en tapotant leur linge ! Quelle élégance dans leurs gestes oubliés qui rinçaient les caleçons et les draps blancs dans l’eau si claire !

Nous avions les mêmes occupations, saines et naïves : visiter des yeux le fond des étangs, regarder des petits poissons faisant festin d’un morceau de pain, s’arrêter quelques instants devant une magnifique salamandre tachetée, symbole de la Foi qui ne peut être détruite.

Mais qu’est-ce qui a bien pu changer, au cours de ces dernières années ? Subissons-nous un phénomène naturel dû au réchauffement de la planète dont on parle tant ? N’est-ce pas plutôt le fait des travaux d’irrigation entrepris au Golf, puis de la réfection des réseaux d’eaux pluviales du village ? Serait-ce le résultat irréversible d’un pied de nez de l’homme à l’écosystème ? Pourquoi décider à l’emporte pièce de modifier la trajectoire naturelle des sources ? Assistons-nous à la fin de vie de nos lacs ?

Ceux-ci se transforment en mares, inexorablement, et les canards spécialistes en la matière, ne s’y trompent guère. Les eaux limpides d’antan sont de plus en plus chargées de particules ; elles s’irisent même de manière inquiétante après la pluie, du côté de l’église. Qu’avalent nos poissons aujourd’hui ? Bon, les jeunes truites non pêchées ce dernier week-end ont bien survécu, elles,  me direz-vous !

Jadis la rue de la Gare s’appelait « Chemin de la fosse aux pourceaux »… Je n’ose même plus y penser !

Mais ça, c’est une autre histoire !

Claude Gremion

Village Hier & Aujourd’hui