Pas Touch’ N° 60 – Août 2014 : Cent ans, cent trente jours

Coll. AA

Collection AA

Samedi 1er Août 1914, 16h00,  le clocher de Notre Dame de Gueux sonne le tocsin. Que se passe-t-il ? Un incendie, une invasion, la guerre peut-être ? Dans le même temps ou presque, tous les clochers des villes et des villages de France* annoncent la dramatique nouvelle :

C’est la mobilisation générale. La Grande Guerre va commencer.

Qui va terminer la moisson ? Certains champs de blé ne sont pas totalement fauchés, le battage vient à peine de commencer ! Et avec la réquisition des chevaux, comment pourra-t-on labourer en octobre, si la guerre n’est pas encore gagnée et terminée ?

Le temps est lourd, lent, sans vent et sans bruit, étouffant de chaleur et de vide, peut-on lire dans la presse.

Charles Louis Compagne, fraichement élu est devant sa mairie, entouré par le garde champêtre et un groupe de villageois au visage figé. Quelques enfants accourent en criant, loin d’imaginer la réalité. Une femme se met à pleurer, puis une autre … Elles sentent, intuition féminine, que c’est la fin d’un monde, la rupture entre le temps champêtre d’un bonheur insouciant et l’ère moderne d’une nouvelle civilisation, cruelle, cupide, prétentieuse.

Des bouquets se forment : le bleu des bleuets, le blanc des marguerites et le rouge des coquelicots immortalisent l’instant. Ce sont les mêmes fleurs des champs qui repousseront bien plus tard dans les champs dévastés par les batailles, lueur d’espoir qui ne passera pas inaperçue aux yeux des paysans. Un bel encouragement de la nature pour la reconstruction de leur village, détruit à plus de 90%.

Les leçons du passé ont elles été retenues ? Et localement, cent trente jours après les municipales de mars dernier, où en sommes nous ?

La commission commémoration, justement chargée de mettre en place les évènements mémoires liés au centenaire de la Grande Guerre bat le record du nombre de réunions. Le Conseil Municipal, quant à lui, s’est réuni très peu de fois, puisqu’à entendre la Municipalité tout va bien ! Ce n’est pas une raison, me direz-vous, il faudrait bien repenser l’avenir tous ensemble ! Une des premières délibérations votée à l’unanimité moins 4 (évidemment), a accordé au maire et à ses adjoints une généreuse augmentation de leurs indemnités. Il y a donc de l’argent dans les caisses ! Le Comité des Fêtes a repris son sac à dos. Tout baigne du côté du Circuit de Gueux qui s’embellit semaine après semaine … De quoi pourrait-on se plaindre ?

La rumeur … perfide rumeur, prétend que les riverains du nouveau lotissement subiraient des nuisances environnementales ? Quelques maisons du village se feraient encore visiter de temps à autre ? La circulation des voitures et des piétons s’avèrerait dangereuse dans certains secteurs du territoire ?  Non mais … la sérénité n’aurait-elle donc pas été décrétée de rigueur dans notre village ? 

Mais ça, c’est une autre histoire !

Claude Gremion

Village Hier & Aujourd’hui

*Plusieurs notes évoquent le début du tocsin à 4 heures de l’après-midi et d’autres parlent de  « 9 heures du soir » . Il semble bien en effet que les télégrammes des préfets aient été adressés aux maires peu avant 16 heures.

-Edité le 1er août 2014