Pas Touch’ N° 87- Nov.2016 : Citron pressé, à qui le tour ?

voltaire-1Le 18 décembre 1752, tard le soir à la pâle lueur d’une bougie, François-Marie Arouet, plus connu alors sous le nom de Voltaire livre par écrit ses états d’âmes depuis sa résidence de Berlin à celle qui allait devenir sa femme, madame Denis. Voltaire résidait depuis un peu plus de deux ans en Prusse, à la cour du roi Frédéric II, qu’il servait avec fidélité avant de se rendre compte combien il avait été exploité. Il parle là de son amertume, de sa colère et de sa désillusion devant le comportement du despote :

– Comme je n’ai pas dans ce monde-ci cent cinquante mille moustaches à mon service, je ne prétends point du tout faire la guerre […] Je vois bien qu’on a pressé l’orange ; il faut penser à sauver l’écorce*. Je vais me faire, pour mon instruction, un petit dictionnaire à l’usage des rois :

Mon ami, signifie mon esclave. 

Mon cher ami, veut dire vous m’êtes plus qu’indifférent. 

Entendez par, je vous rendrai heureux, je vous souffrirai tant que j’aurai besoin de vous. 

Soupez avec moi ce soir, signifie je me moquerai de vous ce soir. 

Le dictionnaire peut être long ; c’est un article à mettre dans l’Encyclopédie. Sérieusement, cela serre le cœur. Tout ce que j’ai vu est-il possible ? Se plaire à mettre mal ensemble ceux qui vivent ensemble avec lui ! Dire à un homme les choses les plus tendres, et écrire contre lui des brochures, et quelles brochures ! Arracher un homme à sa patrie par les promesses les plus sacrées, et le maltraiter avec la malice la plus noire ! Que de contrastes ! […]

L’embarras est de sortir d’ici […].

Injustement mis au placard, Voltaire faisait une petite déprime. C’était cependant Voltaire, le grand, l’immense, le talentueux Voltaire ! Alors que peut-il en être de ceux qui sont en bas de l’échelle et subissent une tyrannique mise au placard par leur hiérarchie ? Ont-ils les moyens de s’en rendre compte avant de se sombrer dans le pire des refuges : la dépression ?

Privé de réunions, privé de responsabilités, isolé de ses collègues, dénigré, démotivé par un manque de reconnaissance… Les signes annonciateurs d’une mise au placard sont nombreux et habilement progressifs ! Tous ceux qui connaissent une telle situation qui peut aller jusqu’au harcèlement moral ne sont pas sans recours.  La mise au placard est une pratique interdite. Mais il faut une sacrée dose de courage au petit pot de terre pour lutter contre l’immoral pot de fer : le regard des autres, les frais engagés, et surtout des décisions de justice parfois surprenantes.

citron2Eh oui, les amis, tout l’art du tyran est de savoir s’entourer pour éviter les pépins !

Quelle belle invention, le presse-citron !

Mais ça, c’est une autre histoire !

Claude Gremion – Conseiller Municipal – Gueux

* Cette expression de Voltaire a donné naissance au proverbe : On presse l’orange, et on jette l’écorce, utilisé quand une personne a tiré tout profit de votre savoir et de vos connaissances, puis se débarrasse de vous après vous avoir pressé comme un citron (ou une orange).