Pas Touch’ N°62 – Octobre 2014 : Aus eiserner Zeit

DSCF7801Pendant la Grande Guerre, quelque part du côté du Chemin des Dames, le soldat Mérovée Denouille, réserviste du 29ème RIT découvre un coffret métallique dans une tranchée abandonnée en hâte par l’ennemi. Nul ne sait à qui appartenait cette boite de métal, mais il est facile d’imaginer que son propriétaire y rangeait précieusement les lettres et les photographies de sa famille, le récit de sa vie. Malheureusement la boite était restée ouverte, et ses trésors ont disparu. A son tour le brave Mérovée y glissa ses souvenirs de guerre puis, à la fin du conflit, le coffret sombra dans l’oubli.

Un gamin du cru, Alain, en fut le dépositaire il y a une quarantaine d’année. Passionné d’histoire, il a gardé avec un profond respect cette pièce exceptionnelle, trait d’union entre deux hommes qui ne se connaissaient pas et deux peuples qui finirent par se retrouver dans la paix. Alain est Président pour quelques jours encore du Comité de jumelage de Muizon / Klein-Winternheim, bourg allemand de 3500 habitants en Rhénanie-Palatinat, à quelques kilomètres de Mayence. «Klein», comme on le dit par chez nous pour faire court et pour ne pas se tromper, est à 400 km à peine de Muizon, avec qui des liens existent depuis 1982.

Muizon / Klein-Winternheim, c’est une vraie affaire de sentiments … pour ne pas dire davantage !

Nous étions donc dimanche dernier, sur le coup de treize heures, dans une des très belle salles communales aménagées par la municipalité de «Klein» qui recevait ses amis muizonnais. Alain prend à son tour la parole et offre un carton de champagne à nos hôtes de cette fin de semaine ensoleillée. Ce n’est pas très original, il faut bien l’avouer. Puis la centaine de personnes présentes a découvert ce que renfermait ce carton, et un pesant silence s’est installé. Le coffret métallique est apparu. Chacun put reconnaitre, fixée sur le dessus, l’Eisernes Kreuz, la Croix de Fer accordée aux valeureux soldats allemands de la première guerre mondiale. Sous cette croix était gravé Aus Eiserner Zeit 1914-1915.*

L’émotion était forte quand Alain a raconté l’histoire de ce coffret, probablement fabriqué dans les tranchées allemandes. Un tonnerre d’applaudissement retentit quand il annonça qu’il avait pris la décision de confier cette boite de métal, construite en France par un soldat allemand, à ses chers amis de Klein -Winternheim.

Son dernier contenu sera restitué à la descendance de Mérovée Denouille, aujourd’hui retrouvée.

Que cette période de fer, élément de notre mémoire collective, ne s’oxyde pas inutilement. Ayons la satisfaction d’accomplir ensemble notre devoir de mémoire pour les générations futures de nos deux pays, conclut Alain.

Capture d’écran 2014-10-01 à 00.48.01De cette tragédie sont nées des valeurs fortes, et les ennemis d’hier ont engendré de nouveaux amis. Cela devrait toujours être si l’homme, animal éperdu dans la merveilleuse contemplation de ce qu’il pense être, ne négligeait pas ce qu’il devrait être.

Mais ça, c’est une autre histoire !

Claude Gremion

Assoc’ Villages Hier et Aujourd’hui

Soldat de fer*Aus eiserner Zeit  1914-1915, se traduit également la Période d’Airain, matérialisée en Allemagne par d’édification de colonnes de défense (Werhsäule). Il s’agit d’un exemple d’emblème de guerre comme la Tour aux clous qui est à Mayence, près de la cathédrale. Le cloutage était une forme de mobilisation du front arrière, qui offrait aux civils la possibilité de faire un don en espèce en échange d’un clou à planter dans une oeuvre emblématique en bois. C’est à Vienne, au début de 1915, que fut réalisé le premier cloutage : le soldat de fer (der Whermann in Eisen). Le phénomène connut un grand succès jusqu’en  1916, puis alla décroissant.

Le don des clous permettait de trouver des moyens financiers au profit des blessés et des victimes de la guerre, tout en créant une oeuvre de mémoire servant à hausser l’ambiance de l’arrière front, et de concrétiser ouvertement la communauté du peuple. Voilà pourquoi des têtes de clous sont symboliquement matérialisés sur le coffret d’Alain.

– Edité le 3 octobre 2014