Pas Touch’ N°71 – Juill. 2015 : les six bourgeois

Bourgeoisde CalaisJeudi, 2 août 1347, vers 5h du soir : Six bourgeois des plus honorables de la ville de Calais, tous nus sous leur chemise, la corde au cou, sortent des remparts de la cité en tenant les clés de la ville et du château. Ils répondent ainsi aux exigences du roi d’Angleterre Edouard III dont les troupes assiègent la ville depuis un an en réduisant les habitants à la pire des famines. Ils savent qu’ils vont être exécutés, mais ils ont accepté de payer ce prix pour que la population soit épargnée. Ils seront finalement sauvés de la pendaison par la requête de l’épouse d’Edouard, Philippa de Hainaut. Admirative du courage des sacrifiés, elle osa implorer son rude époux de gracier les condamnés pour l’amour du fils de Sainte-Marie.

En 1895, l’illustre Rodin a figé dans le bronze immortel le courage et le dévouement de ces héros.

Courage et dévouement … c’est finalement avec cet incroyable sens du sacrifice que le maire et les 5 adjoints de notre village se refusent à laisser la moindre mission de responsabilité aux autres élus … en tout cas à ceux de l’opposition. Aucune information ne filtre, les réunions de Conseil Municipal sont pratiquement inexistantes. Les états comptables sont mis à l’abri. Il n’apparait de temps à autres que de bonnes nouvelles, et tout est mis en oeuvre pour que la population se sente apaisée… rassurée… tranquillisée.

Parfois, pour pas qu’il se sentent totalement inutiles, on les sollicite pour tenir le bureau de vote, ou distribuer des papiers dans les boîtes à lettres … ou encore venir discrètement nettoyer le cimetière pour répondre à l’indignation certainement exagérée de quelques administrés mécontents et outrés. Les élus sont même parfois oubliés dans les convocations des rarissimes réunions de commission … à quoi bon les solliciter, puisque tout est fait, dit et même écrit d’avance. Il est inutile qu’ils perdent leur temps dans des débats stériles où nos 6 dévoués bourgeois se plaisent à expliquer que tout va bien, qu’il ne faut pas se fier aux rumeurs et que de toute façon, si cela n’allait pas si bien que cela, ce serait de la faute de la conjoncture… du gouvernement… et même… de la météo !

On peut donc s’interroger sur les raisons qui ont poussé 44% des votants aux dernières municipales à exprimer un net besoin de révision de politique communale. On peut aussi se demander pourquoi les promesses faites lors de la dernière campagne des municipales ne sont toujours pas tenues, pourquoi le tissus associatif se morfond, et cependant pourquoi rien ne bouge ?

De démocratie à démagogie il n’y a qu’un petit pas que notre club de l’élite sait franchir avec brio : la confusion entre le bien commun et le plaisir immédiat. Cela s’apprend en management, et certains apprennent vite.

C’est ce tout petit détail qui a conduit Platon à considérer que la monarchie était le meilleur des régimes.

Alors vive le Roi et sa cour ?

Mais ça, c’est une autre histoire !

Claude Gremion