Pas Touch’ N°44 – Avril 2013 – Arbre et Liberté

Le 27 avril 1848, le Gouvernement provisoire de la Seconde République décrète l’abolition de l’esclavage, considérant que c’est une violation du dogme républicain Liberté, Egalité, Fraternité.

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Ancienne place Saint Nicolas

Le même jour, à Gueux, sur la place Saint-Nicolas, un arbre de la Liberté est planté en présence de la Garde Nationale, du Conseil Municipal, de m’sieur le Curé, des habitants et de tous les enfants. Après la bénédiction, la Garde Nationale avait tiré en l’air. L’enthousiasme était à son comble. On criait à l’envi Vive la France, vive la République, et on jurait de ne plus jamais se diviser … (sic).

Le premier arbre de la Liberté a été planté en 1790 par le Curé de Saint-Gaudent, dans la Vienne. La France fut aussitôt saisie d’un grand élan patriotique et d’innombrables plantations se sont alors multipliées en grande solennité. Le lundi 20 mars 1989, à l’occasion du bicentenaire de la Révolution, le premier magistrat de Gueux a offert un hêtre rouge à son village. Celui-ci a été planté au milieu du petit square des écoles en présence de membres du Conseil, des enfants et de quelques parents et villageois qui avaient pu se libérer. Cela aurait bien mérité une petite plaque commémorative !

Le maire affectionnait ce genre d’évènement unificateur. Tout n’était peut-être pas parfait à Gueux, mais les relations citoyennes avaient un véritable sens. Le bien-être social était une de ses principales préoccupations, et rassembler pour partager aurait pu être la devise de Remi P. C’était tout juste … hier !

Lors de la réunion du Conseil Municipal du 6 mars dernier, une élue a fait ce triste bilan : Ce qui est regrettable, c’est qu’on a perdu depuis quelques années ce fameux contact entre voisins qui faisait le charme du village …

Espérons que sa nouvelle étoile guide le CM vers davantage de réalisme, et qu’il cesse enfin de croire que l’histoire de Gueux a commencé le 16 mars 2008. Nos anciens, mémoire de notre village, nous abandonnent, souvent avec l’apparente indifférence des nouveaux élus. Dans quelques années ne restera-t-il de Gueux qu’un vaste dortoir sans héritage, une banlieue chic de la grande ville ?

Ce n’est pas en arborant à tout va l’écharpe tricolore et en fredonnant l’unificatrice Marseillaise que les choses changeront. Ce n’est pas en réduisant les dotations aux associations que les choses changeront. Ce n’est pas en faisant de vaines promesses à nos jeunes et moins jeunes que les choses changeront et encore moins en vomissant des grossièretés ou en ennuyant les citoyens bons payeurs. De tout cela, on ne parle pas. Par pudeur, par honte peut-être d’avoir laissé notre village, si beau, si riche, s’enlaidir par le verbe et s’appauvrir par son âme … en attendant la suite.

Voilà plusieurs mois, une autre élite, laïque évidemment, répliquait sèchement en faisant précéder sa signature d’adjoint au maire par la devise des Jésuites : Ad majorem Dei gloriam *. Déjà, en 1209 à Béziers, un chef de croisade aurait bien ordonné : Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens !**

Il était normal pour ces grands conquérants de passer au fil de l’épée tous ceux qui leur résistaient.

Et en 1943 à Gueux … !?

Mais ça, c’est une autre histoire !

Claude Gremion

Villages Hier & Aujourd’huiplantationpastouch44

* Pour une plus grande gloire de Dieu

**Caedite eos. Novit enim Dominus qui sunt eius, se traduit plutôt par: Massacrez-les, car Dieu connaît les siens