PasTouch’ N°47 – Juillet 2013 – Mamie fait de la résistance

Dimanche 3 septembre 1944, les villageois de Gueux font le réchaud de leur fête patronale. Il flotte un délicieux parfum de liberté retrouvée et les bannières tricolores sont de sortie. Leurs plis apparents trahissent un long séjour passé au dessus d’une armoire, ou dans une malle au fond du grenier, mais elles sont bien là et revigorées, les couleurs de l’espoir retrouvé.

La grande salle du Familo est bondée. Le brouhaha fait soudain place à un profond silence quand sont évoqués les noms des six Résistants déportés du Groupe de Combat de Gueux dont on a peu de nouvelles. Il se dit que Marcel Couet et Raymond Sirot ont succombé en mars ; Pol Poncelet en juillet l’affirment certains. Quant au trois autres, on continue d’espérer (1).

Cette grande salle, qui deviendra la petite salle communale en 1953 après son rachat par la municipalité de Georgette Badet (2), aura tout connu : des joies, des peines, des vaccinations, des repas d’anciens, des rassemblements familiaux, commerciaux, politiques et même sportifs, des séances de cinéma, des pièces de théâtre, des spectacles de toute sorte.

Fresque_Boden1966

Fresque de Boden -1966

La voici, 60 ans après, abandonnée par une équipe municipale qui aura tout fait pour s’en débarrasser, allant même jusqu’à prétendre qu’elle est inapte à recevoir du public, obligeant des associations du village à trouver refuge ailleurs, y compris sous d’autres clochers et moyennant finances.

Surprise ! En ce dimanche 30 juin 2013, plus de 100 spectateurs ont quand même pu assister au magnifique spectacle annuel donné par le Cercle des Jeunes Poètes et Comédiens Rémois. Pour cela la mairie a dû faire remettre les compteurs en route, et la salle excommuniée est miraculeusement redevenue apte à recevoir du public ! Dites donc, les élus, n’y aurait-il pas deux poids deux mesures ?

Que nenni, simplement de l’ignorance, de l’indifférence, rejet de nos valeurs, poudre jetée aux yeux des citoyens, grossières manipulations sans commune mesure avec les tours d’illusionnisme que le regretté Adix, enfant du pays disparu il y a peu, présentait sur cette même scène devant les ainés du village à l’occasion de leur rassemblement festif de fin d’année.

Mamie, alias la petite salle des fêtes, vous l’avez compris, refuse d’imaginer que ses jours sont comptés. Elle se dit que si sa peau ne vaut guère plus que 3 années de fleurissement à Gueux, alors elle pourrait être sauvée (3) : les fleurs, c’est beau, cher et éphémère, surtout quand elles ne sont plantées qu’en juin ! L’histoire, la culture, l’art … c’est éternel ! Elle croit en des libérateurs qui lui ramèneraient des enfants de tous âges dans une union conviviale et fraternelle, belle âme de son village d’hier, aujourd’hui disparue. Elle a tellement offert depuis des décennies, tant souffert depuis ces derniers mois qu’elle s’accroche, Mamie, en se disant que peut-être, oui peut-être, sa Liberté pourrait lui être rendue avant mars 2014.

Mais ça, c’est une autre histoire !

 Claude Gremion

Assoc’ Villages Hier et Aujourd’hui

  1. Jules Gadiot succomba aussi, en mars 1945. Georges Schmitt et Lucien Velly ont pu rentrer au pays.
  2. Première femme maire de Gueux. Voir aussi Pas Touch’ N°26
  3. Prix de vente 200 000 Euros … et pas d’acquéreur !