PasTouch’ N°48 – Août 2013 – Faiseurs d’Histoire

Un soir de janvier 1862, le Chanoine honoraire François Régnier rédige sa dernière homélie sur une table du presbytère, en haut du chemin du même nom. Curé de Gueux depuis novembre 1851, il s’est passionné par l’histoire d’un village qu’il voit se métamorphoser trop vite. Il a déjà recopié la Statistique Historique et Religieuse de la Paroisse de Gueux en reprenant minutieusement les notes de son prédécesseur, l’abbé Sommé, auxquelles il a apporté ses quelques compléments, convaincu qu’un jour un paroissien, pas forcément calotin, les mettrait en lumière. Ce précieux manuscrit est-il le premier livre d’histoire écrit par un habitant du village ? C’est possible.

DocLahayeEn 1995, le rural et bondissant docteur Pierre Lahaye, emporté par sa légendaire bonne humeur et l’affection qu’il avait pour son village et ses habitants, propose sa Contribution à l’histoire d’un village de la couronne de Reims, Gueux. J’ai plaisir à y retrouver ce bon médecin de campagne à qui je dois beaucoup, lorsqu’il me fait partager son enthousiasme, parfois un peu exagéré, dans certains passages de son ouvrage. Honnête, il demande au lecteur, dès sa première phrase, la plus grand indulgence pour la rédaction de cet opuscule, ses lacunes, ses omissions et ses possibles erreurs. Au moins, ce docteur-là faisait preuve de retenue, laissant le soin à d’autres de compléter, de parfaire et d’écrire les chapitres à venir de son recueil.

Ces autres seraient-ils les nouveaux érudits élevant dans les Gauseries de septembre 2010 Saint-Hippolyte en Saint-Patron du village ? Sourions, c’est bien Saint-Timothée qui veille sur nous, les amis … et, espérons pour encore très longtemps !

 Comment transmettre la culture d’un village quand on renie son histoire ? Il est plus simple de farder à sa sauce un texte d’expert en faisant fi de la propriété intellectuelle. Ainsi chacun peut retrouver, sur Gueux.fr, le nouveau site internet de la commune lancé en janvier dernier, une très grossière réplique de l’article rédigé en 2004 par Aline B, historienne reconnue du village (à lire ici). Grâce aux incontestables références d’Aline, vous trouverez quelques précisions (1 à 5) ci-dessous.

Pour finir, caractère résidentiel affirmé du village, est repris trois fois en une demi-page sur cette peu scrupuleuse version historique qui nous est imposée ! Est-ce propagande, vanité ou méthode Coué ?

Il n’y a qu’un pas entre répétition et incantation ! Le sorcier tue, mais n’hérite jamais ! (proverbe nigritien)

Mais ça, c’est une autre histoire !

Claude Gremion

Assoc’ Villages Hier et Aujourd’hui

  1. Bien avant les éminents Dauzat et Rostaings, Auguste Longnon propose Gothi comme origine du nom du village, listant également Gueulx, Gueus, Gueuz, Guex, Guez, Gueux, Goez, Goti …
  2. En mars 1814, quelques Russes occupaient le village, mais pour s’opposer aux troupes de Napoléon. A l’inverse, un siècle plus tard, l’Empire de Russie était notre allié, jusqu’en novembre 1917, soit un mois après la prise de pouvoir bolchévique. Quelques soldats russes ont fait le choix de rester jusqu’en 1918 avant de s’installer en France.
  3. Lors de la première guerre mondiale, mettre de côté le rôle local des autres Régiments d’Infanterie Coloniale, composés principalement de tirailleurs sénégalais, est maladroit. Ces hommes ont tenu sans fléchir notre côte 240, particulièrement le 16 et le 24 juillet 1918, clé de la victoire, au prix de lourdes pertes. Des Italiens, des Anglais se sont également vaillamment battus sur notre terroir, et donc pas seulement l’armée française et ses incontestables valeureux tirailleurs algériens.
  4. La palme d’or de la désinformation revient à la confusion faite entre l’armistice signé le 22 juin 1940 à la Clairière de Rothondes et une imaginaire capitulation de juillet.
  5. Enfin, ne croyez pas que la libération des Alliés, le 29 Aout 1944, correspond désormais à la fête patronale ! Cette fête a depuis très longtemps lieu le dernier dimanche d’Août, avec prolongation le lundi. Les premiers soldats US sont entrés dans Gueux le lundi 28 Août 1944 et la fête a alors pris un autre éclat … Gueux fut officiellement libéré le lendemain.